La revue de culture protestante
Penser la Sagesse à l'aune de la Création
Le champ d’étude de la sagesse biblique est vaste (...). Nous désirions depuis longtemps consacrer un Cahier biblique à ce courant de pensée, à son influence, jusqu’aux représentations du christianisme primitif, à travers des textes deutérocanoniques que la tradition protestante connaît trop peu.
 

Nous avons souhaité interroger l’actualité de la recherche dans une direction particulière : jauger et penser la sagesse à l’aune de la création et de l’humain, ou plus exactement dans l’interaction entre création et humanité. La figure du « Christ comme pensée de la création » est donc naturellement le point d’orgue du parcours que nous proposons, où l’univers biblique s’élargit et dialogue avec les autres littératures sapientiales qui lui sont antérieures ou contemporaines. 

 

Pour initier notre réflexion, Matthieu Richelle s’interroge sur la disparité qui existe au sein du corpus biblique de la littérature de sagesse. Il le confronte d’abord aux principaux genres littéraires de la littérature sapientiale du Proche-Orient ancien, puis l’envisage en lui-même, avec ses caractéristiques propres, ses tensions et ses paradoxes. Il montre ainsi combien ce corpus est à l’image même de l’objet qu’il explore, la sagesse : insaisissable et mouvant, parce qu’il ne renvoie à aucune vérité intangible ; multiple et déstabilisant, parce qu’il nous renvoie peut-être d’abord à nous-mêmes et à nos propres questionnements d’êtres au monde. 

 

Christophe Jacon propose une plongée dans l’atmosphère si particulière de Corinthe au temps de l’apôtre Paul. Il étudie les chapitres liminaires de la première épître aux Corinthiens, et met en lumière le paradoxe de cette communauté bien peu « sage » que Dieu a choisie pour révéler sa sagesse propre, à travers la « folle » prédication de Paul, sans ornements ni artifice de langage, centrée seulement sur « Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié ». (...)

 

Andreas Dettwiler s’intéresse au célèbre « hymne au Christ cosmique » de l’épître aux Colossiens, à la façon dont celui-ci met en avant la « souveraineté absolue du Christ sur la réalité existante ». Il propose ainsi une analyse précise et détaillée de Colossiens 1,15-20, étudie la composition de l’hymne, ses « centres de gravité », et les multiples sources et univers de pensée avec lesquels il entre en résonance, montrant ainsi « la grande variété et l’intensité du tissu intertextuel offert » par le texte. 

 

Enfin, Jean-Daniel Dubois fait dialoguer entre elles les sources antiques (œuvres gnostiques d’une part, patristiques d’autre part) autour du « mythe valentinien de la Sagesse » : on voit ainsi comment la création du monde était envisagée en dehors, ou plutôt en-deçà des récits de la Genèse, ou comment ces récits de la Genèse étaient réinterprétés à la lumière de différents textes philosophiques. (...)

 

Les ouvertures de ce Cahier permettent de prolonger la réflexion, selon différents cadres de pensée ; elles nous invitent d’abord à un voyage culturel, linguistique et spirituel, en évoquant différentes représentations mais aussi différents langages de la sagesse. (...)

 

Si la sagesse est devenue un Fils, mettant en lumière la proximité jusqu’à l’extrême de Dieu aux humains, et témoignant ainsi hyperboliquement de son pouvoir dynamique de création, de fécondité et de renouvellement, elle n’a pour autant jamais fini son œuvre et ne cesse, aujourd’hui encore, de susciter – par-delà les textes – des fils et des filles, pèlerins des Écritures et moissonneurs d’une même espérance.  

 

(Extraits du Liminaire d'Inès Kirschleger et Corina Combet-Galland)

 

Voir aussi notre dossier Une sagesse à portée des humains ?