La revue de culture protestante
Moïse en kaléidoscope
Moïse en kaléidoscope
Parmi les grands personnages de la Bible, Moïse est certainement l’un des plus importants, mais aussi l’un des plus complexes et peut-être aussi des plus impressionnants. Tellement a déjà été dit et écrit sur lui que l’on peut se demander s’il y a encore matière à rechercher et à découvrir.

 

Ce cahier reprend divers aspects de cette figure biblique fondamentale, pour en proposer un portrait en kaléidoscope. Cet instrument d’optique qui réfléchit la lumière permet, comme son nom l’indique, de regarder (skopein) de belles (kalos) images (eidos), qui se déplacent en fonction du mouvement de l’instrument. Ce cahier a pour but de proposer divers éclairages sur la personne de Moïse selon les traditions religieuses ou philosophiques qui s’y réfèrent, qu’elles soient anciennes ou plus récentes, mais aussi dans son influence culturelle. On espère ainsi proposer des portraits kaléidoscopique de Moïse qui entreront en résonance et s’enrichiront mutuellement, permettant ainsi de percevoir la richesse de ce personnage fondamental de nos traditions occidentales.

 

Philippe Abadie reprend une question qui taraude plus d’un lecteur du Pentateuque : l’historicité de Moïse. Pour y répondre, il conjugue les indices repérables dans le texte biblique lui-même avec les éléments fournis par l’archéologie pour proposer une synthèse des recherches et des connaissances actuelles. Si aucune hypothèse historique ne permet de rendre compte de la figure de Moïse que dessine le récit biblique, il est néanmoins possible de mieux connaître le milieu où celui-ci s’est formé. Le dernier mot sur Moïse revient donc au texte biblique lui-même, qui dessine un personnage étonnant et complexe, médiateur entre son peuple et Dieu.

 

Elena Di Pede propose une lecture du récit dit de vocation de Moïse (Ex 2,23–4,17). Utilisant une méthode essentiellement narrative, elle cherche à mettre en lumière les enjeux de ce moment fondamental dans la relation qui se construit entre cet homme, le Dieu qui le choisit pour la mission de libération et le peuple appelé à la liberté.

 

Tayeb Chouiref propose pour sa part un portrait de Moïse tel que le dessine le Coran. Rassemblant les nombreuses pièces disséminées dans différentes sourates du Coran et à l’aide de compléments contenus dans les Hadith (actes et paroles de Muhammad rassemblés à partir de la tradition orale), il reconstitue le puzzle de la présentation de Moïse (Mûsâ) dans la tradition musulmane. Il en émerge une figure haute en couleurs dont le but est d’anticiper et de préparer la mission de Muhammad.

 

Claudio Zamagni nous fait découvrir la Vie de Moïse, œuvre en deux parties de Philon d’Alexandrie, philosophe juif de culture grecque. Suivant assez fidèlement le récit du Pentateuque, Philon propose d’abord une biographie de Moïse. Mais ce n’est pas de manière neutre qu’il travaille. En effet, à l’aide de sources orales, il n’hésite pas à modeler son récit pour servir son propre projet : proposer un manuel de vie juive à l’usage d’un public grec. La figure de Moïse est ainsi construite et adaptée en fonction du public cible de Philon. Loin de rester cantonnée dans les milieux juifs grecs, cette œuvre a eu une répercussion notable auprès d’auteurs chrétiens.

 

Dans la première des ouvertures, Simon Butticaz révèle le portrait de Moïse tel qu’il est tracé dans le plus long texte du Nouveau Testament qui parle de lui (Actes 7). Il montre comment cette représentation est nourrie d’un arrière-fond vétérotestamentaire amplifié par des éléments qui s’enracinent dans l’histoire de l’interprétation de cette figure. Le but de l’auteur des Actes est ainsi de montrer le parallèle entre l’histoire de l’Église naissante et celle de Moïse, tous deux témoins du Dieu universel.

 

Youri Volokhine nous fait voyager dans le temps et dans l’histoire pour évoquer des récits qui, en s’appuyant fortement sur l’origine égyptienne de Moïse, ont reçu et interprété cette figure de manière quelquefois hostile. Il montre comment ces regards sur Moïse servent à soutenir les visées de leurs auteurs, ce que le lecteur découvrira.

 

Beat Föllmi nous permet d’entrer dans l’œuvre d’Arnold Schönberg et dans la redécouverte de sa judéité au moment où il est confronté à l’antisémitisme de son époque. S’identifiant au Moïse de son opéra, il souhaite sauver son peuple et propose un idéal de vie en relation pure avec Dieu, qui ne peut se vivre qu’au désert.

 

Dans son approche cinématographique de Moïse, Jean-Loup Bourget met en évidence les enjeux du tournage d’un film sur un personnage tel que Moïse. Présentant bon nombre de films, il met en évidence les choix scénaristiques posés et les orientations que ceux-ci présupposent des tournages. La dernière question ouvre un champ de réflexion : celui du rapport entre l’image de cinéma et le divin.

 

Nous espérons qu’en regardant dans ce kaléidoscope, le lecteur de ce cahier sera fasciné par tous les reflets étonnants et colorés qu’il pourra y découvrir et que cela contribuera à ouvrir et enrichir son imaginaire sur ce personnage fascinant.

 

(Liminaire d'Elena Di Pede et Guy Balestier)