La revue de culture protestante
Protestantisme et musique aujourd’hui

« La musique et le protestantisme font bon, très bon ménage. » Qui oserait contredire ce constat que fait Bernard Reymond dans son ouvrage sur protestantisme et musique ? S’il existe un domaine qui est incontestablement reconnu comme un apport majeur de la Réforme, ce sera certes la musique. (…)

 

En se penchant sur l’histoire de la musique protestante, on constate que, pendant plusieurs siècles, les expressions musicales des Églises protestantes étaient généralement celles qui étaient partagées par les assemblées, autrement dit : on chantait et on écoutait depuis toujours de la musique contemporaine. Ce n’est qu’à partir de l’époque romantique que – face à la modernité (sécularisation, industrialisation) avec, pour revers, la nostalgie du passé – s’est installée une double dissociation : d’un côté, les pratiques liturgiques musicales s’inspirent désormais de la musique du passé et boudent les évolutions stylistiques du temps présent (ce qu’on observe dans les recueils de chants publiés dès la fin du 19siècle) ; de l’autre côté, la Grande musique sacrée n’est plus écrite pour les offices et les cultes, mais pour la salle de concert, musique qui est sacralisée à son tour, car c’est désormais au concert que les grandes messes se jouent devant un public bourgeois.

 

La première contribution de ce numéro est une réflexion sur la nécessité théologique de la contemporanéité de l’expression artistique au sein du protestantisme. Dans mon article, je présente les grands jalons de la musique protestante et discute les enjeux de la modernité musicale pour la pratique liturgique aujourd’hui. (…)

 

Le théologien François Vouga reprend cette dernière réflexion par un double questionnement qu’il pose à travers des compositions musicales du 19e et surtout du 20siècle : quels sont les apports du protestantisme à la musique et quels sont les apports de la musique à la pensée protestante ? Les trois œuvres musicales, respectivement d’Heinrich Sutermeister, de Frank Martin et d’Arthur Honegger qu’il discute plus amplement, ne renouvellent pas le répertoire liturgique des Églises protestantes, mais elles apportent peut-être des réponses aux questions existentielles de l’homme contemporain.

 

Dans sa contribution, Didier Godel nous présente le musicien suisse Michel Wiblé, qui a étudié chez Frank Martin à Genève. Wiblé, né en 1924, est l’auteur d’une importante œuvre de musique sacrée, de cantates, oratorios et surtout de musique chorale, une œuvre qui est née de la rencontre du compositeur avec la théologie dialectique de Karl Barth.

 

Un genre par excellence de la tradition protestante est sans doute la Passion en musique. C’est pourquoi j’ai consacré une contribution plus étendue à la Passion aux 20e et 21siècles. Comme on le constate généralement à partir du début du 20siècle, les styles musicaux sont éclatés et la Passion n’y fait pas exception. Les formes traditionnelles voire résolument tournées vers le passé côtoient les expressions les plus avant-gardistes (comme la sublime Passion selon saint Luc du Polonais Penderecki), en passant par les œuvres éclectiques, à l’heure de la mondialisation – et même la comédie musicale (Jesus Christ Superstar). La diversité stylistique suscite la question de l’identité de la tradition protestante : culturellement et confessionnellement.

 

Un domaine extrêmement dynamique, mais souvent aussi très commercial, est la Musique Chrétienne Contemporaine (MCC). Jean-Luc Gadreau, lui-même impliqué dans la communication de la culture protestante, connaît bien les origines et les courants, très éclatés, de ces expressions musicales à la fois destinées au culte et au concert grand public. L’auteur aborde les forces et les faiblesses de ces styles d’un point de vue esthétique, sociologique et théologique. La contribution est suivie d’une rencontre entre Jean-Luc Gadreau et Pascal Portoukalian (le directeur de Paul & Séphora) ainsi que de témoignages de deux compositeurs-interprètes qui parlent de leur activité : John Featherstone et Philippe Decourroux.

 

La dernière contribution de ce numéro s’intéresse à un style musical qui est rarement associé à la tradition protestante voire chrétienne : le Metal. Pierre de Mareuil, pasteur et fin connaisseur de la scène, brosse l’histoire du genre et explique les différents courants. En reprenant le dicton qui remonte à Luther – « Pourquoi le diable aurait-il toute la bonne musique ? » –, il dégage la spiritualité d’une musique qui est souvent décriée pour être démoniaque et diabolique.

 

(Extrait du Liminaire de Beat Föllmi)