La revue de culture protestante
Christianisme et nationalisme
Christianisme et nationalisme

Doorn, Hollande, 4 juin 1941 : un vieil homme s’éteint. Près de son lit, surplombant son bureau, un portrait de Martin Luther.

 

Ce vieillard ? Le Kaiser Guillaume II, déposé vingt-trois ans plus tôt, à l’issue de la Première Guerre Mondiale. Si les historiens s’accordent aujourd’hui à relativiser les responsabilités de ce monarque plutôt instable dans l’éclatement du conflit, l’image ne cesse cependant de questionner : quels liens le christianisme entretint-il avec le nationalisme à l’origine du premier conflit mondial ? L’on sait en effet combien Guillaume II, « premier évêque » (summus episcopus) des protestants de Prusse, admirait Luther et à quel point le Réformateur fut considéré sous son règne comme le type même de la virilité germanique. 

 

Il a semblé au comité de Foi & Vie qu’à l’occasion du premier centenaire de la Grande Guerre, cette question méritait que l’on s’y arrête le temps d’un numéro de notre revue, sans tenter de dissimuler les ambiguïtés de la réponse qui pourrait lui être apportée. Mais nous avons également souhaité ne pas saisir cette interrogation dans sa seule dimension historique, tant la question du nationalisme semble à l’ordre du jour en cette époque troublée qui voit de plus en plus de voix se lever en Europe pour dénoncer l’immigration « de masse », l’écrasement de la « souveraineté nationale » par la politique européenne voire même la mainmise de la « finance juive internationale » sur notre économie. (...)

 

Nous espérons ainsi avoir offert à nos lecteurs quelques clés de lecture concernant les origines du nationalisme et les rapports complexes qu’il a pu entretenir avec le christianisme. Dans une époque comme la nôtre, où la crise économique rend difficile la perception des « horizons d’attente et d’espérance » (Paul Ricœur) et où les tentations de replis ou de solution totalisante reprennent du poil de la bête, réfléchir à ce que furent (et peuvent être) les conditions religieuses d’émergences du nationalisme permettra peut-être, du moins tel est notre espoir, d’appréhender le présent avec un peu de ce si nécessaire discernement qui devrait nous habiter et auquel nous invite d’ailleurs l’Évangile (1 Th 5,21). 


(Extrait du Liminaire de Pierre-Olivier Léchot
)