Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Revue protestante de culture
L'Apocalypse
L'Apocalypse
L’Apocalypse. Voilà bien un livre biblique qui a fait couler beaucoup d’encre et qui nourrit énormément de fantasmes… Passionnant mais difficile, si du moins on se limite à sa surface, le dernier livre du canon chrétien a stimulé autant de théologiens que de spirituels, mais aussi des écrivains et, plus récemment, des réalisateurs.

Ce que l’on retient de prime abord en lisant ce livre, c’est qu’il annonce catastrophes et cataclysmes. Ainsi, de tout temps comme encore aujourd’hui, ce livre a généré et entretenu des peurs qui s’enracinent dans de vieilles angoisses : crainte de la mort et de la fin du monde, que ce livre annonce(rait) par des images « apocalyptiques » – au sens courant de catastrophiques – de plaies et de destructions. Cet écrit semble ainsi exercer une sorte d’attrait morbide, qui permet de surfer sans complexes sur la vague de la crédulité et de la peur (que l’on pense aux différents mouvements millénaristes contemporains – voir la contribution de J.-F. Mayer –, ou à l’attrait que l’Apocalypse exerce sur les jeunes générations dans les pays en voie de développement – voir les contributions de V. Rocha et J. Zacka).

Pourtant, dès les premiers commentaires connus de l’Apocalypse, les exégètes ont montré que c’est un livre où les symboles servent à créer un espace de réflexion et d’espérance (voir les contributions de J. Descreux, J. Rochette et P. Rolin). C’est un combat à mort qui est mis en scène dans l’Apocalypse, une lutte que le Christ, déjà ressuscité et vainqueur, mène contre le mal. C’est un combat d’humanisation que chaque chrétien – chaque génération  de chrétiens – est appelé à mener au quotidien. Car si le Christ a vaincu le mal et la mort, les chrétiens, dans leur monde, sont confrontés à l’injustice, au mal(heur)… Ils vivent une situation de « déjà là et pas encore », une situation comportant souvent des choix difficiles, mais qui doivent être posés en vue de l’humanisation de la société dans laquelle ils vivent.

Ainsi, si l’on ose s’aventurer au-delà des apparences, le livre de l’Apocalypse est avant tout un livre empreint d’une espérance forte qui pointe – lumière qui brise les ténèbres – au cœur même de la noirceur ambiante. Cette Révélation – selon la signification première du mot grec apocalypsis – a pour but de pousser le chrétien à vivre pleinement sa vie, à devenir humain par ses choix et ainsi à contribuer à l’humanisation du monde. C’est la raison pour laquelle l’Apocalypse parle non pas de la fin du monde, mais de la fin d’un monde, le monde romain (comme le montre É. Cuvillier dans sa contribution), le monde des puissants qui écrasent et persécutent les petits.

(Extrait du Liminaire d'Elena Di Pede et Guy Balestier)