La revue de culture protestante
Jacques Ellul : la maturité, la force des engagements
Jacques Ellul : la maturité, la force des engagements
(...) Cette revue rend hommage à celui qui dirigea Foi et Vie de 1969 à 1986 et  s’attache à présenter quelques textes inédits. Il s’agit aussi d’examiner à la lumière d’aujourd’hui quelques aspects fondamentaux  d’une œuvre très vaste.

Un premier inédit « Intermezzo instinctif et non scientifique » offre une critique fulgurante à la fois sociologique et spirituelle de notre monde contemporain. Ce texte constitue un chapitre de l’ouvrage « Technique et théologie ». Ce titre dit bien à quel point l’ouvrage a été conçu par Jacques Ellul comme le point final et la clé de voûte des deux versants de ses recherches. Dans un autre registre, « Les Dernières paroles de Jésus » sont la transcription d’une conférence donnée par Jacques Ellul au temple de Mérignac en 1991.

Stéphane Lavignotte, loin des propos convenus, avance une critique sur certains aspects  de la pensée de Jacques Ellul. La lecture de la Bible que fait Jacques Ellul pour établir ce qu’est la vocation de l’homme ne serait-elle pas entachée  de ce que ce barthien déteste par-dessus tout : la morale naturelle ? Des problèmes de méthode sont posés. Jusqu’où des textes fondateurs sont-ils contraignants pour ceux qui s’en réclament ? Ellul fait-il une lecture trop corsetée de la Bible, de Lénine, du Coran ? Les dynamiques sociales et historiques ne seraient-elles pas plus fortes que les idées fondatrices ?

Jean François Zorn, premier universitaire à avoir publié sur Jacques Ellul, s’empare ici de l'événement des élections présidentielles françaises de 2012 pour relire L’Illusion politique, ouvrage de 1965. Du « tout est politique » et donc simple à résoudre, on est passé au désenchantement. La politique est en roue libre, a décroché du réel, tout en étant assujettie aux pesanteurs de la société technicienne. L’État, malgré ou même à cause du contexte ultralibéral, en est renforcé. C’est un paradoxe et pas forcément l’annonce d’une solution.

Laurent Jézéquel évoque la vie de son père le pasteur Roger Jézéquel qui prendra le nom de R. Breuil  pour signer des romans. Roger Jézéquel, l’aîné de dix ans de J. Ellul, embrasse la vie d’agriculteur dès 1936, en Béarn, tout en étant secrétaire de Foi et Vie et participant avec passion aux groupes personnalistes gascons de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul. Quelques analogies s’imposent car des vies se croisent et se ressemblent : en pleine guerre, B. Charbonneau se replie en Béarn. J. Ellul devient pour un temps cultivateur. Roger Jézéquel et Jacques Ellul protègent alors de nombreuses personnes pourchassées par le Régime de Vichy. Ils sont par la suite distingués de la médaille du Juste. C’est l’occasion ici d’approfondir l’itinéraire de Jacques Ellul dans ces années 1940-44 qui furent celles de l’épreuve et du risque absolu. C’est le temps de l’engagement tous azimuts : travail universitaire (témoignage ici  de Simon Charbonneau), implications ecclésiales, Résistance. Jacques Ellul est animé avant tout par le besoin de transmettre et partager l’Évangile. (...)

(Extrait du Liminaire de Michel Rodes)