La revue de culture protestante
Poésie protestante
Poésie protestante
Ce Cahier de Foi&Vie est consacré à la poésie et aux poètes protestants. Quelle audace, quel défi ! Comment embrasser un monde aussi vaste, aussi complexe, marqué par la mémoire et les combats hier ... ou l’oubli
aujourd’hui ?
 

À l’instar d’Agrippa d’Aubigné, dans les Tragiques, nous avons craint un instant d’être des « Prométhée », larrons insensés dérobant les flambeaux cachés de la foi et des rimes pour les livrer à nos lecteurs. Qui pouvait relever ce défi ? Seul un poète pouvait parler des poètes, seul un pasteur pouvait rassembler les fagots épars de la poésie protestante : c’est grâce à Michel Leplay, écrivain-poète et pasteur, ancien directeur de Réforme, que ce numéro voit le jour. Mais me dira-t-on : qu’est-ce qu’au fond la « Poésie protestante » ? Existe-t-elle seulement, en dehors de l’Histoire des Feux et des Misères du XVIe siècle ? Il ne s’agissait pas en effet d’écrire ici une histoire de la littérature protestante, d’autres l’ont fait bien mieux que nous et de nouvelles encyclopédies s’élaborent encore aujourd’hui. Il s’agissait plutôt d’offrir un espace de réflexion : quelles affinités lient donc ces deux-là, la poésie et le protestantisme ? Pourquoi y eut-il tant de pasteurs poètes ? Michel Leplay, dans une conversation, il y a quelques jours, me disait être frappé de la concomitance entre les grands sursauts de foi évangélique, au cours des siècles, et l’émergence d’une poésie nouvelle, dans ses thèmes ou dans sa forme. Il prenait l’exemple récent de la théologie barthienne au XXe siècle qui engendra aussi une lignée de poètes que nous évoquons dans ces pages. Son article d’ouverture « Poésie protestante » tente de répondre à cette question des affinités électives entre poésie et protestantisme.

 

Puis Philippe François déploie une « Brève histoire » de la poésie protestante depuis le psautier strasbourgeois de Calvin jusqu’aux poètes d’aujourd’hui, il s’agit du seuil de son anthologie, très attendue, à paraître prochainement aux éditions Van Dieren. La parole (« La poésie est un des destins de la parole », écrit Gaston Bachelard dans La poétique de la rêverie !) est ensuite donnée à quelques poètes protestants contemporains : pasteurs comme Jean Alexandre et Michel Leplay, théologiens comme Jacques Ellul et Gabriel Vahanian, moniale comme Sœur Myriam, diaconesse de Reuilly. (...)

 

C’est précisément aux lettrés, artisans versificateurs sous l’Ancien Régime, qu’est consacré l’article érudit de Julien Gœury : l’histoire des heurs et malheurs du protestantisme francophone favorisa chez les pasteurs et les poètes une réflexion esthétique sur leur art, sur la poésie lyrique, tragique, les déplorations, les traductions versifiées de la Bible. Une anthologie de textes peu connus, pour la plupart difficiles d’accès, couronne ce bel article.

 

« Discerner le protestantisme dans l’œuvre de Jean-Paul de Dadelsen », dans son Jonas Les ponts de Budapest et autres poèmes, peser le poids théologique et anthropologique d’une œuvre marquée par l’histoire et vouée à l’éternel retour spirituel, telle est la tâche que s’est assignée Gaëlle Guyot-Rouge, dans son article talentueux, sur
une œuvre secrète et un poète trop peu lu.

 

Pour finir, Michel Leplay revient à l’époque contemporaine en évoquant avec l’œuvre d’Henri Capieu les confins de la poésie, de la liturgie et de la musique.

 

Ainsi ce Cahier espère apporter modestement une petite pierre à l’édifice des Foi&Vie consacrés à la poésie ... mais « dans cette volonté où nous sommes de vivre les images littéraires en leur donnant toute leur actualité, avec encore l’ambition plus grande de prouver que la poésie est une puissance active de la vie d’aujourd’hui, n’y a-t-il pas, pour nous, un paradoxe (...) à mettre tant de rêveries » sous les mots de la mémoire et de l’Histoire ?

 

(Extrait du Liminaire d'Annie Noblesse-Rocher)