La revue de culture protestante
Alexandrie et la Bible
Alexandrie et la Bible
Comprendre la Bible, telle est l’ambition des Cahiers bibliques. Comprendre la Bible, c’est d’abord en travailler le texte, avec tous les outils de la science ancienne et moderne ; c’est aussi travailler autour du texte, l’envisager dans sa relation à d’autres textes et d’autres cultures. (...) Le présent numéro a ceci de particulier qu’il envisage à la fois le texte biblique en tant que tel et un contexte culturel majeur pour sa diffusion. Alexandrie est en effet le lieu de la traduction de la Bible hébraïque en grec, la Septante. Et l’on sait que c’est en cette langue que la Bible a été d’abord diffusée ; on sait aussi que les manuscrits les plus anciens que nous ayons à notre disposition sont ceux de la Septante. (...)
 

Mais si une telle entreprise s’est accomplie dans cette cité-là, ce n’est pas sans raison. Alexandrie est un lieu à la fois originel et multiple : un lieu où l’héritage des anciens Grecs devient « culture », au sens intellectuel ; un lieu où les cultures – au sens anthropologique – se croisent, s’affrontent, s’interpénètrent. Bien entendu, au centre de ce Cahier, il y aura la relation entre judaïsme et hellénisme. À la fois conflictuelle et harmonieuse, elle a une dimension politique, qu’illustre un texte étrange comme Maccabées 3 ; elle a aussi une dimension intellectuelle et spirituelle, qu’on observe dans l’entreprise de la Septante, mais également dans la pensée de Philon et son exégèse allégorique. Mais il y a aussi à Alexandrie l’héritage proprement égyptien, avec une religion qui reste « populaire », il y a l’hermétisme, les courants gnostiques (...). Il y a surtout, un peu plus tard, le christianisme naissant. En terminant ce Cahier par Clément d’Alexandrie, nous avons voulu marquer à la fois la continuité avec les siècles qui précèdent et l’ouverture vers un monde nouveau, un monde où la Bible, augmentée du Nouveau Testament, reste au cœur de la culture et de la vie.

 

(Extrait du Liminaire de Sœur Anne-Étienne, Sylvie Franchet d’Espèrey et Renée Koch-Piettre)