La revue de culture protestante
Devenir Pierre : un destin d'apôtre
Devenir Pierre : un destin d'apôtre
Comment aborder l'étude d'un personnage aussi imposant que Pierre, un personnage auquel Jésus en personne attribua ce nom qui, référant au roc, lui confère poids et solidité, un personnage qui connaîtra un tel destin dans l'Église qu'il en deviendra une figure emblématique et incontournable ?

 

Nous avons choisi pour ce Cahier Biblique de jouer le jeu auquel nous invite le nom de Pierre et, reprenant la métaphore minérale, de considérer le personnage, objet de notre analyse, comme une pierre que l'on peut soupeser pour en évaluer le poids, mais aussi prendre dans la main pour en sentir sous les doigts les aspérités, y trouver des prises par où, lentement, patiemment, en faire la découverte.

 

(...) Christian Grappe (...) met à profit sa connaissance approfondie du christianisme primitif, tant dans ses aspects littéraires qu'historiques, pour dégager les enjeux, pour les différents courants de l'Église naissante, du recours à tel ou tel aspect du personnage de Pierre. Son article, reformulant pour nous les conclusions d'un important travail de recherche, nous permet de suivre les principales lignes qui ont marqué l'évolution littéraire du personnage de Pierre dans les deux premiers siècles.

 

(...) Enrico Norelli, en spécialiste de la littérature apocryphe, a beaucoup travaillé sur les textes du deuxième siècle se référant à Pierre et a pu y discerner certaines caractéristiques communes, en particulier l'importance accordée à un Pierre visionnaire. (...) Il nous emmène à sa suite dans la seconde épître de Pierre et dans l'Apocalypse de Pierre, un écrit extra-canonique. Il étudie dans une perspective historique la reprise par ces textes du récit de la transfiguration, ses proximités et ses différences avec la tradition et sa fonction dans les conflits théologiques auxquels sont confrontées les communautés productrices de ces ouvrages, en particulier le débat autour de la parousie, singulièrement vif au sein des troisième ou quatrième générations de chrétiens. (...)

 

Un roc peut-il néanmoins comporter des failles ? Cette question naît tout particulièrement de la lecture de l'évangile selon Matthieu, où l'apôtre joue un rôle privilégié sans pour autant y apparaître comme une figure monolithique. C'est Emmanuelle Steffek, spécialiste en analyse narrative, qui resserre l'enquête sur la figure de Pierre telle qu'elle apparaît dans plusieurs passages significatifs de ce corpus. Son analyse détaillée et précise met en lumière le caractère ambivalent du personnage, ses contrastes, qui ne peuvent que surprendre dans un évangile où pourtant toute autorité lui est reconnue.

 

(...) Si un roc peut comporter des failles, que signifie alors bâtir sur une figure fragile ? C'est dans la première épître attribuée à l'apôtre, qui reprend de Pierre non seulement le nom, mais la métaphore même, à travers l'image de la construction, que Corina Combet-Galland va puiser de quoi mener cette réflexion. Travail nécessairement vaste car il fallait plonger au cœur même de cette épître pour comprendre, au-delà des indications peu nombreuses qui renvoient explicitement à Pierre, à quelle profondeur de pensée a creusé son auteur. (...)

 

Qu'est-ce qui fait la solidité ? Qu'est-ce qui donne autorité ? Devant ces questions qui traversent l'ensemble du Nouveau Testament, la figure de Pierre, toute en ombres et lumière, avec son profil complexe, se tient loin des clichés et des évidences, des réponses toutes prêtes. Elle appelle interprétation, demande à être reprise dans une démarche de foi, suscite un regard neuf sur ces interrogations.

 

(Extrait du Liminaire de Christine Renouard)