Revue protestante de culture
La Foi chrétienne et l'Université
La Foi chrétienne et l'Université
Ce cahier rassemble des travaux qui ont constitué l'essentiel d'une conférence organisée par la Fédération française des Associations chrétiennes d'étudiants, durant les dernières vacances de Pâques, sous Ia dénomination générale de «Semaine universitaire chrétienne». Notre dessein était de poser la question de la possibilité d'une université chrétienne et d'en rechercher les fondements: il s'agissait pour cela de s'enquérir d'une base doctrinale commune, à partir de laquelle on pourrait travailler, puis de demander à des représentants des différentes disciplines enseignées dans l'université de faire, chacun dans son
domaine particulier, un effort de réflexion chrétienne.

 

Ce sont ces études que nous publions: elles étaient accompagnées, pendant notre semaine, de séances de travail où les lignes directrices indiquées dans les leçons fondamentales trouvaient un point d'application. Il est assez difficile de donner des conclusions précises auxquelles auraient abouti notre effort. Tout au plus peut-on dégager quelques impressions d'ensemble. Nous n'avions pas, au départ, la prétention de croire que l'élaboration d'une université chrétienne serait le résultat de notre effort. Nous voulions seulement, ensemble et sérieusement, réfléchir aux problèmes que pose une telle possibilité. Nous nous sommes convaincus que vouloir organiser, sur le plan où nous nous placions, un cycle complet d'études, n'avait guère de sens. Mais notre tentative a été positive dans la mesure où nous avons réalisé quelle influence pouvait avoir, pour la plupart des disciplines, une attitude chrétienne de base; et nous avons été conduits à penser qu'une Académie, où l'on pourrait passer, et qui indiquerait dans différentes branches, le pourquoi et le comment d'une semblable position, serait précieuse.


Surtout, beaucoup d'entre nous ont découvert, à l'occasion de cette semaine, ce que signifiait une véritable communauté universitaire. Qu'on l'ignore couramment aujourd'hui est probablement un des signes les plus certains de la détresse de l'université actuelle. Au cours des journées que nous avons vécues ensemble, un intérêt est né d'une discipline à l'autre; des échanges ont eu lieu, un effort commun en vue d'une meilleure compréhension, en face de Dieu, de son propre travail et de celui des autres, a été amorcé et nous ne saurions assez dire le profit et les clartés que tous y ont trouvés. Sans doute cela a-t-il été possible parce que nous procédions à partir de notre foi commune. Mais il nous a semblé que là justement, une Académie comme celle à laquelle nous pensons, pourrait montrer la voie à l'université. Nous avons eu, enfin, la certitude que l'universitaire, comme tout chrétien, avait à faire une tentative toujours nécessaire et qui nous est apparue féconde, pour comprendre de façon nouvelle sa vocation particulière à partir de sa foi. Notre essai était naturellement très loin d'être sans défaut; il y avait des lacunes importantes: certaines branches de l'enseignement, comme l'économie politique, la biologie, la sociologie, ne comptaient aucun représentant; bien des questions sont restées pendantes et des problèmes non éclaircis. Mais il ne s'agissait que d'une première étape: nous espérons que d'autres suivront, sous une forme ou sous une autre, dans un avenir qui ne sera pas trop lointain.

 

Paris, juin 1939.

 

(Avertissement de Jean Bosc)