Revue protestante de culture
Détresse et espoir de l'Église
Détresse et espoir de l'Église
Lorsque parut en 1928 le livre de Dibelius, intitulé «Le siècle de l'Église», il répondit à un véritable besoin des âmes et il fut salué comme le signe d'une heureuse évolution au sein du protestantisme. «Le siècle de l'Église», cela devint dans la bouche d'un certain nombre de croyants et surtout de théologiens un véritable «slogan», qui résumait toutes leurs aspirations. De même que le 19e siècle avait été le siècle de I'individualisme religieux, le 20e s'annonçait comme devant être celui où le chrétien retrouverait le sens de la communauté de la foi, Ie sens de la vocation de l'Église.


Que reste-t-il de tout cela ? Les événements d'Allemagne nous montrent ce qu'il y avait d'humain dans ce projet de restauration de l'Église de Dieu. Si l'Allemagne chrétienne comprend aujourd'hui que ce siècle doit être celui de l'Église, c'est en un sens tout à fait différent. Elle comprend maintenant et elle nous fait comprendre que l'Église de Dieu, c'est l'Église sous la Croix; non pas l'Église qui s'affirme comme une puissance, même bienfaisante, mais l'Église souffrante, l'Église qui lutte pour sa foi, l'Église de Jésus-Christ et non l'Église des chrétiens.

 

Cependant, le slogan, «le siècle de l'Église», répondait non seulement à certaines aspirations plus ou moins pures du moment, et qui demeurent pour l'Église un danger, mais aussi à une réalité plus profonde, plus vraie. 

 

Il est exact, en effet, que la notion d'Église est une de celles qui préoccupent le plus profondément à l'heure actuelle, non seulement les théologiens, mais beaucoup de fidèles. La Réforme qui a affirmé avec tant de netteté sa position sur les grands problèmes du salut, de la grâce et de la foi, s'est montrée plus divisée et imprécise lorsqu'il a été question de l'Église. Or, il semble que le protestantisme comprenne qu'il y a là, dans sa vie spirituelle (et non pas seulement intellectuelle), une grave lacune. Aussi, lorsque la Conférence d'Oxford a donné ce mot d'ordre: «Que l'Église soit vraiment l'Église», elle a rencontré dans toute la chrétienté un écho profond. Précisément parce qu'aujourd'hui l'Église est attaquée par ses ennemis, parce que le monde veut la détruire, ou, ce qui est pire, la réduire à son niveau et même la domestiquer, il importe, plus que jamais, que ceux qui la composent prennent conscience, avec une force nouvelle, de la réalité complexe et surnaturelle que Dieu leur a accordée et que l'Écriture appelle «le mystère de l'Église».

 

Ce «mystère de l'Église» demeure voilé aux yeux du monde qui ne peut pas comprendre ce qu'elle est, précisément parce qu'elle n'est pas du monde tout en étant dans le monde. Mais, pour le croyant, ce mystère, sans disparaître, doit s'éclairer des lumières de la Révélation. Ainsi sentons-nous tous, plus ou moins fortement, que la Conférence d'Oxford a eu raison, et que la misère de notre Église, sa détresse première, c'est de ne pas se connaître en tant qu'Église, ayant reçu vocation et promesse de Dieu. Parce qu'elle s'ignore comme objet de la grâce de Dieu, sa détresse c'est aussi de découvrir que chaque jour, par cette infidélité première, elle cesse d'être l'Église de Dieu pour devenir une église humaine, une communauté plus ou moins spirituelle, à côté de tant d'autres...

 

Par conséquent, lorsque l'Église de nos jours se pose la question: Que suis-je ? Qu'est-ce que l'Église ?, elle ne traite pas un problème spéculatif, mais elle se pose une interrogation théologique, c'est-à-dire (contrairement aux préjugés courants), essentiellement concrète et pratique, puisque c'est son existence même qui est en question. Cela est si vrai, que nous pasteurs, dans notre ministère, nous sommes sans cesse ramenés à nous demander à notre tour en constatant les détresses de nos paroisses: est-ce bien là encore l'Église de Jésus-Christ, celle-là seule que j'ai promis de servir ?


Nous essayerons donc d'abord d'éclairer la confusion de nos notions, et nous nous demanderons d'après la Révélation diverse, ce que c'est que l'Église de Jésus-Christ.


Il nous suffira ensuite de confronter cette Église selon l'Écriture, avec la réalité concrète de nos paroisses pour connaître à la fois la détresse et I'espoir de l'Église.

 

(Début du texte de René Herdt)