Liberté de l'Église
Qu'est-ce que la liberté de l'Église ? S'il est vrai que le chrétien soit un homme à qui la grâce de Dieu révélée par le Christ confère la liberté, s'il est vrai que le chrétien, appelé à vivre dans cette liberté au milieu du monde, ait d'abord le devoir de la manifester dans l'Église, ne devons-nous pas en conclure que l'Église, elle aussi, doit apporter au monde le témoignage de sa liberté ? La liberté de l'homme chrétien telle que la Révélation nous la fait connaître, pourrait-elle demeurer intacte dans une Église asservie ? La liberté de l'Église n'est-elle pas, sinon la source, du moins l'indispensable appui de la liberté chrétienne ?
Mais que devons-nous entendre par la liberté de l'Église ? Ces mots ont reçu de l'usage une première signification: la liberté de l'Église est celle que lui reconnaissent, lui marchandent ou lui refusent sous des modalités très diverses les lois de l'État. Il s'agit là d'une liberté extérieure qui a, pour l'Église et pour ses fidèles, une importance considérable que nous aurons à mettre en lumière. Mais ce n'est pas la seule, ni l'essentielle liberté de l'Église. Pour l'Église comme pour le chrétien sa liberté est le fruit et le signe de son obéissance à la souveraineté de Dieu, de sa soumission sans réserve au seul Seigneur que Dieu lui ait donné, à Jésus-Christ. Cette liberté-là, l'État ne peut ni la concéder, ni la refuser à l'Église. Elle est le don de la grâce souveraine que l'Église ne reçoit que si elle ne se lasse pas de le demander, auquel, après l'avoir reçu, elle ne demeure fidèle qu'en persévérant dans la foi, que la reconnaissance par l'État de sa liberté extérieure ne lui garantit nullement. Au contraire, dans la perte de cette liberté extérieure, l'Église peut entendre un puissant appel du Seigneur de l'Église à prendre conscience de sa valeur essentielle et à s'affirmer dans l'obéissance de la foi, allant s'il le faut jusqu'à la souffrance et à l'acceptation du martyre. Telles sont les thèses que nous allons examiner.
(Début du texte de Marc Boegner, tiré d'une de ses conférences du carême 1938)
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