La revue de culture protestante

L'Église au temps du confinement

Petite chronique mondiale et actualisée régulièrement de ce que le virus fait au christianisme. Le temps de la crise, relayer ce qui, au-delà de nos frontières bien artificielles, nous fait sentir toutes et tous fidèles d'un même Dieu.

 

« Sainte-Cène en ligne, cultes de quarantaine » en Hongrie ?

Mars 2020

Publiée sur le site de l'Église Réformée de Hongrie (1) le vendredi 27 mars, la Proposition pour la tenue des cultes du Vendredi Saint et de Pâques est signée par l'évêque István Bogárdi Szabó, qui préside l'institution depuis 2015. Entièrement traduite ci-dessous en français, elle détaille les modalités d'une Sainte-Cène à distance étant donnée la « situation d'épidémie » : avec un culte au domicile du pasteur retransmis aux membres de la paroisse qui, après avoir préparé pain et vin chez eux, pourront ainsi participer à la communion. Un petit tour sur les sites des paroisses réformées hongroises montre que le culte en ligne est devenu une pratique courante depuis le confinement qui est particulièrement strict dans le pays.

 

« La réception des signes de la Sainte-Cène - le pain et le vin - se fait en mangeant et en buvant. C'est justement pour cela qu'il ne s'agit pas du même type d'action que lorsque nous écoutons une prédication par des moyens digitaux ou nous chantons en même temps qu'un chant radio- ou télé-diffusé, récitons une prière en même temps qu'elle est dite ou projetée et que, tout en regardant les images, nous participons nous aussi à l'évènement visuellement et virtuellement. On ne peut pas manger et boire virtuellement. Or la réception des signes fait partie de la Sainte-Cène : "Après avoir pris le pain et donné les bénédictions, Jésus le rompit et le leur donna, disant : Prenez, mangez?; ceci est mon corps. Et après avoir pris la coupe et donné les bénédictions, il la leur donna ; et ils en burent tous ; et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui est versé pour beaucoup." (Marc 14,22-24)

 

Dans la présente situation d'épidémie, le plus simple est d'administrer la Sainte-Cène sous la forme d'un culte à domicile. Et puisque le pasteur lui-même tient un culte à domicile, nous pouvons l'appeler un culte de quarantaine. Le culte à domicile nécessite qu'en plus du pasteur, au moins une personne soit présente - son conjoint, son enfant le plus âgé, ses autres enfants, le curateur, un ancien, le chantre, le webcameraman. La retransmission du culte à domicile peut être assurée par des moyens techniques (webcam). Ceux qui regardent la retransmission forment également la communauté du culte à domicile. C'est la même famille.

 

Avec en plus cette fois-ci qu'il faut préparer à l'avance le pain (éventuellement en petits morceaux) et le vin (éventuellement dans des coupes différentes). Lorsque, au cours de la retransmission, le pasteur mène la liturgie de la Sainte-Cène, eux aussi doivent s'y joindre, eux aussi répondre de façon audible devant Dieu et l'assemblée familiale présente à domicile aux questions de la Sainte-Cène (2), se distribuer alors les signes les uns aux autres selon l'ordre de la Sainte-Cène (Luc 22,19-20). Ils peuvent décider dans quel ordre ils reçoivent les signes. Il est plus hygiénique de mettre le pain préparé à l'avance dans une petite corbeille et que chacun y prenne son morceau et de mettre les verres sur un plateau pour que chacun prenne son verre. Je signale que les personnes seules peuvent aussi se préparer du pain et du vin et le prendre durant la retransmission puisqu'ils se joignent à un véritable culte à domicile.

 

Nous retransmettrons de cette façon les cultes du Vendredi Saint et de Pâques dans nos assemblées. À ceux qui veulent s'y joindre, nous demandons (par circulaire, avis) qu'ils fassent les préparations nécessaires chez eux. Nous envoyons pour cela aussi le déroulé du culte à domicile, avec les chants, les lectures et les versets de la prédication. Il y a forcément de nombreuses questions de détail à régler mais l'essentiel est là.

 

Et avant qu'éclate le débat sur le réel et le virtuel à propos du signifiant et du signifié, de la parole et de la promesse, de la représentation sacramentelle et autres, je vous recommande de lire ce qu'a écrit Calvin :

 

« Et donc je dis que Christ est la matière, ou si l'on préfère la substance, de tout sacrement, parce que toute leur fermeté est en lui et qu'ils ne promettent rien hors de lui. (...) Les sacrements ne sont en effet efficaces pour nous que dans la mesure ou leur service nourrit, renforce et augmente la vraie connaissance du Christ pour que d'une part il soit le plus complètement nôtre et d'autre part nous jouissions de son abondance. Mais cela n'arrive que quand nous recevons avec une vraie foi ce que nous offre le sacrement. » (Calvin, Institution 4,14,16)

 

« Mais s'il semble incroyable que le Christ à une telle distance nous donne sa chair comme nourriture, souvenons-nous seulement à quel point la force secrète du Saint-Esprit surpasse tous nos sens et quelle folie ce serait de vouloir comprendre à notre mesure son infinité. Si donc notre entendement ne peut le concevoir, que la foi le saisisse : l'Esprit unit vraiment ce que l'éloignement sépare. Voici que la Sainte-Cène testifie et scelle la participation au corps et au sang du Christ par laquelle Christ fait à ce point découler sa vie en nous qu'elle parcourt nos os et notre moëlle ; car il ne nous présente pas un signe vain et vide mais donne la force de son Esprit qui accomplit sa promesse. Il offre véritablement ce qui est indiqué et le montre à tous ceux qui s'installent à la table du banquet spirituel. » (Calvin, Institution, 4,17,10) (3)

 

István Bogárdi Szabó, évêque et président du Synode des pasteurs. »

 

(1) La principale Église protestante du pays qui rassemble 12 % de la population et a la particularité pour une Église calviniste d'être gouvernée par des évêques. 

 

(2) La liturgie réformée hongroise prévoit qu'avant la distribution du pain et du vin, l'assemblée prononce le symbole des apôtres puis réponde positivement à quatre questions posées par le pasteur. Première question : « Croyez-vous qu'en conséquence de la chute du premier être humain, créé juste, saint et innocent par Dieu, vous êtes vous-mêmes totalement faibles, faillibles et pécheurs, incapables de vous tenir devant le tribunal de Dieu par vos propres forces et méritant le châtiment, la mort et la damnation ? Croyez-vous et confessez-vous cela ? » Deuxième question : « Croyez-vous que Dieu, ayant eu pitié de l'être humain pécheur, a envoyé corporellement pour vous Son saint Fils, le Seigneur Jésus-Christ, dont le sacrifice unique et parfait a enlevé la puissance du péché et la force de la malédiction et vous justifie par la grâce gratuite au prix du sang de Jésus ? Croyez-vous et confessez-vous cela ? » Troisième question : « Croyez-vous que Dieu qui a ressuscité le Seigneur Jésus-Christ, nous ressuscite aussi par cela de la mort et, revêtant nos corps mortels d'immortalité, nous transporte dans Sa gloire éternelle ? Croyez-vous et confessez-vous cela ? » Quatrième question : « Certainement convaincus de tout cela, promettez-vous et acceptez-vous par gratitude envers la grâce de consacrer toutes vos vies au Seigneur et de vivre déjà en ce monde présent comme Ses rachetés pour Sa gloire ? Le promettez-vous et l'acceptez-vous ? ».

 

(3) Nous avons traduit littéralement les textes de Calvin en hongrois cité par Bogardi Szabó. La traduction hongroise de l'Institution de la religion chrétienne de Calvin diffère quelque peu de la version française, d'une part à cause de l'éloignement des langues, d'autre part parce que le premier traducteur (Albert Szencsi Molnár en 1624) s'est appuyé à la fois sur les deux versions définitives, celle en latin de 1559 et celle en français de 1560. Les passages cités par Bogardi Szabó sont les suivants dans la version française de 1560 :


« Je dis que Jésus-Christ est la matière ou la substance de tous les sacrements, d'autant que tous ont en lui fermeté et ne promettent rien hors de lui. (...) D'autant donc que nous sommes aidés par iceux, soit pour nourrir, confirmer et augmenter en nous la connaissance de Jésus-Christ, soit pour nous le faire posséder plus pleinement et jouir de ses biens, autant ont-ils d'efficace envers nous et non plus. Cela se fait quand nous recevons en vraie foi ce qui nous y est offert. » (4,14,16)


«Que s'il semble incroyable que la chair de Jésus-Christ étant éloignée de nous par si longue distance parvienne jusqu'à nous pour nous être viande, pensons de combien la vertu secrète du Saint-Esprit surmonte en sa hautesse tous nos sens et quelle folie ce serait de vouloir comprendre en notre mesure l'infinité d'icelle. Pourtant, que la foi reçoive ce que notre entendement ne peut concevoir, c'est que l'Esprit unit vraiment les choses qui sont séparées de lieu. Or Jésus-Christ nous testifie et scelle en la Cène cette participation de sa chair et de son sang par laquelle il fait découler sa vie en nous, tout ainsi que s'il entrait en nous et nos moëlles. Et ne nous y présente pas un signe vide et frustratoire mais en y déployant la vertu de son Esprit pour accomplir ce qu'il promet. Et de fait, il l'offre et baille à tous ceux qui viennent à ce convive spirituel combien qu'il n'y ait que les seuls fidèles qui y participent ...» (4,17,10)

 

 

«Et vous, comment ça va ?»

Mars 2020

 

C'est la question que le magazine protestant allemand Chrismon (1) pose à celles et ceux qui le lisent : « À cause de la crise du Coronavirus, on ne peut plus se rencontrer aussi souvent qu’on le voudrait. Faire de nouvelles connaissances ? Il va falloir attendre. C’est pour cela que nous voulons savoir comment vous allez. Cela peut aider de voir que d’autres personnes se font aussi du souci, éprouvent de la peur mais aussi de l’espoir. Qu’ils vivent de belles choses qu’ils nous font partager. Et ressentent de la frustration et de la colère, bien-sûr - c’est ce qu’on vit tous dans cette crise. Alors : comment est-ce que ça va maintenant ? Cliquez sur ce lien de participation, remplissez le formulaire et écrivez-nous ce qui vous passe maintenant par la tête et dans le cœur. Les collaboratrices et collaborateurs de Chrismon ont commencé, participez, lisez : vous n’êtes pas seuls ! » Nous traduisons quelques unes des réponses arrivées jusqu'ici :

 

Un pasteur solitaire. « J'écris encore cette semaine une prédication et je me fais du souci à propos de toute une série de recueillements de la Passion. Il est pourtant probable que personne ne va jamais entendre ces paroles ni participer à ces prières. Mais je sens que cela me fait du bien d'écrire. Cela me donne de la joie. Peut-être est-ce aussi tout simplement pour moi une possibilité de garder une apparence de normalité ... Car pour moi aussi, ces semaines sont inhabituelles, angoissantes et dérangeantes. Je sais que tout va incroyablement bien pour moi : je suis en bonne santé, je n'ai pas de souci à me faire pour mon salaire et mon emploi. Ça va vraiment mal pour tant d'autres personnes qui me sont chères - l'un est à l'hôpital, plusieurs amies et amis sont en quarantaine, d'autres doivent aller chaque jour travailler et ont peur d'être contaminés ... Pour certains, l'avenir est compliqué avec un revenu qui chute alors que les dépenses doivent toujours être payées. Et je connais quelques personnes qui vivaient déjà avant le Corona dans des conditions précaires et souffrent maintenant de devoir stationner dans les couloirs et les salles d'attente combles des administrations ... Je passe une grande partie de mon temps à appeler les membres de la paroisse que je soupçonne d'être seuls et solitaires. Presque tous vont relativement bien, sont aidés par des voisins et des amis et, même dans cette période, vivent une vive "normale". La seule chose qui manque, ce sont les visites des petits-enfants ... La plupart des gens que j'ai appelé s'en sont réjouit mais je n'ai pas eu l'impression qu'ils étaient solitaires. Et je me demande si je suis vraiment nécessaire comme pasteur à ce moment-là. J'écris pour ne pas avoir rien à faire, parce que je trouve difficile de ne pas être quelque part ou de quelque façon actif. Alors que ce serait peut-être justement le moment de faire la grasse matinée, de reprendre des forces, de réfléchir. De lire alors qu'on ne peut lire qu'en vacances. De marcher et découvrir mes six villages à pied. De prier, pour une fois juste pour moi et non comme intercesseur d'une petite paroisse. Internet pousse à s'y mettre : je pourrais enregistrer un podcast, poster des moments de recueillement en vidéo, écrire des dépliants et des tracts avec des cultes "de maison" - mais je sais que ce n'est pas ce qui touchera les membres de ma paroisse et qu'ils n'en ont pas du tout besoin. Il y a tout un tas de podcasts et de recueillements en ligne. Et ce que je vois sur Internet est souvent vraiment vraiment bien. Mais les membres de ma paroisse ne vont pas le regarder. Cela ne leur servirait à rien. La plupart arrivent à se débrouiller dans cette situation - et apparemment mieux que moi.

 

Father McKenzie
Writing the words of a sermon that no one will hear
No one comes near
Look at him working
Darning his socks in the night when there’s nobody there
What does he care?
All the lonely people
Where do they all come from?
All the lonely people
Where do they all belong?
(The Beatles – Eleanor Rigby) » (2)

 

Tu ne peux jamais tomber plus bas ... « Je vois un avenir bien inquiétant pour nos enfants et nos petits-enfants et aussi pour nous. Qu'est-ce que cette crise va faire de nous ? Allons-nous pouvoir assurer nos obligations financières ?

 

En même temps, je crois ... Tu ne peux jamais tomber plus bas que dans les mains de Dieu - cette phrase de Margot Kässmann (3) m'a toujours fait de l'effet. Il s'est passé beaucoup de choses difficiles dans ma vie. Dieu a toujours été à mes côtés. Je continue à avoir cette assurance.

 

Merci pour votre travail et votre engagement.

 

Affections »

 

Après un enterrement. « Le dernier jour, quand la salle de funérailles était encore ouverte, nous avons enterré mon père. Huit personnes. La collation a été annulée. Tout le monde s'est dispersé sous la pluie battante. J'étais seul avec ma mère, la conversation était difficile puisqu'on ne pouvait plus se procurer de piles pour son appareil auditif. Il a fallu se séparer et je lui ai dit : Je reviens dès que le Corona est terminé. Deuil, résignation, offense ? Le retour chez moi le premier jour du couvre-feu. L'un de ces piliers des buffets de gare m'a toussé dessus dans le train. Est-ce qu'il était à la bonne distance ? Chez moi, il y avait des invitations de personnes que j'aime bien mais impossible. Il est si difficile d'être tout seul après un enterrement. Professionnellement, j'ai le droit de séjourner dans deux districts et c'est un vrai privilège. De ce point de vue, le ciel ne me tombe pas sur la tête. Livres (ironiquement, Les hommes protégés de Robert Merle (4), eh oui, et puis enfin le projet de finir, ou continuer à lire l'Ancien Testament), télé, nettoyage de printemps et, dans le pire des cas, apprendre tout seul le polonais et les échecs. De ce point de vue, j'ai la chance de ne pas avoir à tourner dans la roue du hamster, dans ma vie professionnelle comme dans ma vie privée. Theraband, haltères et jogging autour du square au lieu des compétitions annulées. Ce qui pourrait me permettre de supporter encore un peu (!) le confinement. Mais se priver de contacts sociaux est bien plus dur que de renoncer à l'alcool, aux confiseries ou à la viande. Si seulement je pouvais partager cette prise de conscience avec ceux que j'aime après la fin de cette crise. »

 

En attendant le test. « On était partis faire du ski dans le Tyrol avec des amis et on a donc dû interrompre les vacances. Personne n'était encore malade dans la vallée. Après le retour, je me suis signalée au service de santé dont je dépends, encore aucun symptôme. Si ça continue comme ça, pas de test. Le soir, mon amie a appelé, elle toussait et devait aller aussitôt se faire tester. Légers soucis en vue. Le soir suivant, j'avais 38° de température et j'ai rappelé mon service le lendemain matin. Si ça ne va pas plus loin, pas de test. À partir de vendredi est arrivée la toux, sèche et mauvaise. Le vendredi soir, je vais donc me faire tester. Et maintenant, il faut attendre, je me suis mise dans l'ancienne chambre des enfants, mon mari n'utilise que les toilettes des invités. Dimanche soir, seule dans mon lit, ça y était : la peur de l'avoir, que tout soit encore pire, l'hôpital, etc. Un cinéma sans fin dans ma tête. On entend son cœur battre, on a tout le temps besoin de mesurer sa pression et sa température. J'ai essayé des exercices de yoga, j'ai prié, je me suis levée de nouveau. À un moment, je me suis rendormie d'un sommeil sans rêves. Hier, cette amie m'a appelé : elle est négative. Ça m'a enlevé une bonne partie de ma peur. J'attends seulement mon résultat. Restez en bonne santé. »

 

 

(1) Mensuel de l’EKD (Église Évangélique en Allemagne, la fédération des Églises protestantes établies) basé à Francfort, Chrismon a été lancé en 2000 pour prendre la suite de l’hebdomadaire Das Sonntagsblatt créé à Hambourg après-guerre. Il est lu par 1,7 million de personnes.

 

(2) Chanson des Beatles (Lennon et (surtout) McCartney) en 1966, Eleanor Rigby dresse le portrait d'une galerie de personnages solitaires : «Le père McKenzie - Écrit les paroles d'un sermon que personne n'écoutera - Personne ne s'approche - Regardez-le bosser - Raccommoder ses chaussettes la nuit quand il n'y a personne - À quoi bon ? - Mais d'où viennent-ils tous - Tous ces gens solitaires ? - Mais d'où viennent-ils tous - Tous ces gens solitaires ? »

(3) Margot Kässmann (1958) a été la première femme évêque allemande (à Hanovre) en 1999. Elle a présidé l'EKD de 2009 à 2010, année où elle a démissionné de toutes ses fonctions hiérarchiques après avoir été arrêtée pour conduite en état d'ivresse. Ses prises de position théologiques, sociétales et politiques sont toujours très commentées.

 

(4) Publié en 1974, ce roman imagine une pandémie affectant uniquement les hommes en âge de procréer et entrainant du coup la mise en place d'une dictature féminine. 

 

 

« 7 leçons des Églises de Singapour »

Mars 2020

 

Pour l'instant Singapour a été peu frappée par l'épidémie grâce à des restrictions dès le 7 février mais qui sont restées nettement moins radicales qu'en Chine et en Europe puisque de nombreuses Églises ont continué à assurer des services. Membre d'une Bethesda Church (1) et animateur de sites chrétiens, Edric Sng revient pour Christianity Today (2) sur ce que la crise du coronavirus a appris aux chrétiens de la ville-État.

 

« 1) Le culte de ton Église va changer. Sois ferme sur ce qui est sacré - et souple sur tout le reste.

 

Les congrégations sont des êtres d'habitudes. Les Églises sont bâties sur des traditions, des liturgies et un certain type de culte. Avec le temps, la ligne que trace chaque Église entre ce qui est fondamental pour la foi et ce qui est juste une adaptation institutionnalisée est de moins en moins nette. La Communion doit-elle être vraiment du vin et du pain sans levain pour être considérée comme sainte ? Est-ce que cela marche si vous ne posez pas vos mains sur quelqu'un pour une prière de guérison ? Est-ce qu'une Église doit se rassembler physiquement pour être considérée comme une congrégation ? Chaque Église et chaque membre de votre Église aura un point de vue différent sur ces questions souvent soustraites à la discussion. L'épidémie de COVID-19 représente un moment nécessaire d'inventaire doctrinal. Chaque conseil presbytéral et chaque équipe pastorale à Singapour s'est réunie bien des fois le mois dernier pour examiner ce qui n'était pas négociable aux yeux de Dieu. » Les Églises qui ont maintenu des cultes ont ainsi mis en place des mesures de précaution comme la limitation du nombre des participants (ni vieux ni jeunes) et la suspension de la communion (ou alors en doses pré-emballées).

 

« 2) Sois un bon leader. Les membres de ta paroisse vont avoir besoin de conseils.

 

" Dans les moments de crise, les gens ont besoin de leaders ", dit Ian Toh, pasteur de la 3:16 Church. La première responsabilité du leader est de rester calme. La panique rétrécit le champ visuel et c'est catastrophique lorsqu'on prend des décisions. Être un bon leader, c'est rappeler aux gens que Dieu est présent dans chaque situation et qu'il n'y a jamais de raison de paniquer. (...) La vraie leçon apprise en ayant affaire au COVID-19, c'est la nécessité de rester humble quand on est leader d'une Église. Il y a tellement de choses que je ne sais pas et que je dois apprendre. Et cela ne peut qu'augmenter mon désir et mon besoin de chercher le visage du Seigneur chaque jour. " (...) " Un vieux leader m'a dit une fois : " Ce que fait un leader est une déclaration théologique ", dit Rick Toh, pasteur de la Yio Chu Kang Chapel. Comme leaders, nous devons avoir une position théologique sur toutes choses. Nous devons communiquer nos peurs à Dieu et faire que nos actes soient inspirés par la foi et guidés par une bonne théologie. C'est la doctrine, non la maladie ou une loi terrestre, qui doit guider nos décisions. " »

 

« 3) Il n'y a pas de meilleur moment pour faire évoluer les outils technologiques de ton Église.

 

Bien que le gouvernement de Singapour ait dit qu'il était " improbable " que le niveau de risque passe au Rouge, les Églises locales ont cherché à améliorer les capacités d'enregistrement vidéo et de retransmission en direct, pour se préparer à un scénario bien plus difficile de confinement total. » Plusieurs formations en en ligne se sont montées pour aider les paroisses à développer les différents outils disponibles. Une Église baptiste située dans un quartier très dense et qui avait préféré suspendre ses services a ainsi mis en place un service de retransmission en ligne « qui semble avoir renforcé le sens de la communauté dans la paroisse » : « Beaucoup de nos groupes de maison se retrouvent pour regarder notre culte en ligne. Nous terminons exprès nos retransmissions tôt pour qu'ils puissent sortir et prier dans leur quartier. Beaucoup ont dit qu'ils se sentaient désormais responsables du bien-être spirituel de leur communauté et certains ont même pu partager l'Évangile avec les personnes qu'ils ont rencontré. " » Des paroissiens qui « ré-examinent leur compréhension de l'Église » puisque « l'Église aujourd'hui doit être constituée de personnes ayant un but et qui veulent aller au-delà des contraintes de lieu ou de programme. »

 

« 4) Il n'y a pas de meilleur moment pour faire évoluer la façon de prier dans ton Église

 

« À midi chaque jour depuis la Saint-Valentin, résonne le son bien connu des cloches de la cathédrale St Andrew au cœur du Civic District de Singapour tandis qu'on entend sonner les alarmes des téléphones sur toute l'île. C'est pour les croyants le signe qu'il faut s'arrêter quoiqu'ils fassent pour un moment de prière collective face à la menace du COVID-19. » Une initiative lancée par un mouvement de prière interconfessionnel local et vue comme un « acte prophétique » qui « engage les fidèles à agir quand leur village ou leur ville est menacée ». Pour le surintendant des Assemblées de Dieu (rassemblées par une prière commune tous les soirs à 19 heures), « l'Église est le sel et la lumière, elle doit se tenir fermement en le Seigneur pour que les autres puissent voir l'espérance que nous professons. »

 

« 5) Attends-toi à des réactions violentes - à l'intérieur et à l'extérieur de l'Église.

 

« Les commentaires incendiaires sur la race et la religion sont interdits à Singapour (...). Mais depuis que deux clusters à coronavirus ont été détectés dans deux paroisses (...), l'Église au sens large est désormais sous observation puisque des chrétiens continuent à tenir des réunions plus ou moins conséquentes. La critique est désagréable mais inévitable ; on ne peut pas attendre des non-chrétiens qu'ils comprennent les principes et les enseignements de notre foi. Mais la critique qui vient des coreligionnaires chrétiens est plus pénible et accompagne les leaders quelle que soit la décision prise. Si vous suspendez les cultes, on vous accusera de manquer de foi. Si vous décidez de continuer les rassemblements, on vous qualifiera de " socialement irresponsable ". » Les Églises doivent donc se préparer « à perdre des membres quoiqu'il arrive » mais aussi à constater une hausse de la mobilisation de ceux qui restent : « La crise montre le vrai caractère d'un chrétien. L'angoisse à propos du COVID-19 va te permettre de vraiment évaluer l'état spirituel de ton troupeau. (...) C'est enfin le moment d'avoir de vrais échanges sur ce pour quoi nous vivons. Est-ce qu'on se contente d'exister ou est-ce qu'on vit véritablement ? Est-ce qu'on vit pour la bonne cause ? Est-ce qu'on marche au bon rythme ? Est-on gouverné par des valeurs bibliques ou mondaines ? Est-ce qu'on vit pour ce qui en vaut la peine ? »

 

« 6) Aime ton prochain. Les bonnes actions iront loin quand tout le monde a peur

 

« Après la période initiale d'ajustement à la nouvelle normalité, les Églises ont commencé à regarder comment leurs communautés locales avaient été affectées. Les besoins sont à la fois pratiques - comme l'éducation à l'hygiène pour les plus âgés - et psychologiques avec la panique et l'inquiétude qui prévalaient dans les semaines après la découverte du premier cas confirmé. » Pour le pasteur Lim Lip Yong de la Cornerstone Community Church, « Ce sur que nous avons voulu particulièrement influer est l'ambiance au sein de la communauté. Au début de l'épidémie, les gens avaient peur. À Singapour, beaucoup de gens ont fait des achats de panique. On jetait les travailleurs de la santé hors des transports en commun par peur qu'ils aient été en contact avec des victimes de l'épidémie. Il y avait des remarques extrêmement discriminatoires vis à vis des Chinois de Chine. On ne peut jamais totalement faire disparaitre ces éléments négatifs dans une société mais ce qu'on peut faire, c'est s'assurer qu'il y ait plus d'ondes positives que négatives. Alors on a envoyé nos gens s'en occuper - être sympa et faire le kilomètre en plus pour aider. » Par exemple, « l'équipe paroissiale et des fidèles se sont occupés de travailleurs migrants - dont beaucoup ne parvenaient plus à gagner leur vie à cause de l'annulation de projets par crainte du virus- et de chauffeurs de taxi dont les affaires avaient été gravement affectées puisque les gens préféraient rester chez eux pendant cette période. » Parmi les autres actions, « la bénédiction des employés du nettoyage urbain », « l'organisation d'une collecte de sang pour aider les banques de sang locales dont les stocks fondaient parce que les gens évitaient les hôpitaux ». Le pasteur Lim conclut : « Les virus se répandent rapidement, mais la gentillesse est infectieuse elle aussi ».

 

« 7) Au mileu de toutes les mauvaises nouvelles dans les médias, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est plus pertinente que jamais.

 

Pour Edmund Chan, qui dirige la Covenant Evangelical Free Church, « le monde est victime d'une infection bien plus importante que tous les virus que nous avons connu au cours de l'histoire. Ce virus est le péché. Et contre ce virus, il n'y a aucune immunité, aucun survivant, aucun espoir. Il infecte 100 % de toute l'humanité. Personne n'est épargné. Le monde a besoin d'un Sauveur. Le monde a besoin de salut. » À un moment où chacun, parce qu'il se souvient qu'il est mortel, est forcé de « regarder au-delà de sa routine habituelle et de réfléchir à ce qu'il y a au delà », il est urgent « que ton Église puisse regarder au-delà des difficultés présentes et soit à l'affut d'occasions de partager l'espérance que nous avons en Jésus. » Pour le pasteur K.C. Lee de la RiverLife Church, « nous avons besoin de parler de questions plus profondes. Est-ce que le sens de la vie et de notre temps sur cette terre, c'est de prolonger et préserver la vie aussi longtemps qu'il est possible ? De s'occuper de questions temporelles : la richesse matérielle et le confort ? Ou-bien est-ce que c'est, comme le désire Jésus, que soient pleines à craquer toutes les chambres qu'il a préparées dans la demeure de notre Père ? » Pour le pasteur Chua Chung Kai de la Covenant Evangelical Free Church, « Nous ne vivons pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance - l'Évangile ne parle que de ça ! Mais nous avons des amis, des voisins, de la famille qui ne connait pas cette espérance. Ils avoueront peut-être leurs peurs et leurs inquiétudes pendant cette crise. » Et il conclut : « La panique est tangible. Mais l'amour de l'Église peut l'être aussi. Ce sont des moments évangéliques. Nous pouvons répandre l'amour, pas la peur ni le virus. Ne passons pas à côté de cette épidémie. »

 

 

(1) La Bethesda (Katong) Church a été fondée au milieu des années 1930 à Singapour et compte aujourd'hui plusieurs paroisses où le culte se fait en anglais, en chinois mandarin et en peranakan (langue des pêcheurs chinois du détroit). La paroisse de Bedok Tampines dont est membre Edric Sng organise aussi des services pour les communautés arrivées plus récemment comme les Chinois Hokkien, les Indonésiens et les Philippins. L'Église est issue du mouvement des Frères (Brethren) dit de Plymouth né dans les années 1820 en Angleterre et d'où viennent le darbysme et les Frères larges. Le mouvement a été introduit à Singapour par un marchand anglais venu d'Australie, Philip Robinson, qui a fondé la première Église Bethesda en 1866, à l'origine d'un réseau d'Églises, de paroisses et d'institutions à Singapour.

 

(2) 7 Lessons from Singapore’s Churches for When the Coronavirus Reaches Yours, 11 mars 2020.

 

 

Communion en ligne pendant la pandémie ? Une réflexion théologique et politique

Mars 2020

Doctorante en théologie à Princeton, la hongkongaise See Yin (Celine) Yeung a publié samedi 21 mars un texte (1) que nous nous permettons de traduire en entier avec son autorisation car il résume bien les problématiques actuelles sur les sacrements, particulièrement depuis une cité qui est l'une des lignes de front de la démocratie et de la liberté religieuse.

 

« Le temps est-il venu où les gens n'honoreront plus le Père sur le mont Gerizim ou à Jérusalem (2) mais en ligne ? La pandémie actuelle a brutalement bouleversé nos vies et démontré la vulnérabilité de notre système de santé. Il démontre aussi la flexibilité ou l'inflexibilité de l'Église et de sa théologie. Pendant une pandémie, il est inévitable de digitaliser le culte du dimanche. Peut-être n'est-ce pas si contestable. Dans mon propre contexte (Hong Kong), qui a été frappé par le nouveau coronavirus dès janvier, la communauté chrétienne a réfléchi à cette soudaine digitalisation de l'Église. Il y a eu quelques débats inter-dénominationnels à propos de la communion en ligne. Il semble que la pandémie ait renouvelé l'intérêt de beaucoup de chrétiens pour leur rituels bien trop familiers.

 

Peut-on autoriser la communion en ligne ? Une question plus fondamentale est de savoir si la tradition croit à la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Par exemple, l'Église Catholique Romaine et les dénominations luthériennes (en général) croient que le corps et le sang du Christ sont véritablement présents dans les éléments eucharistiques. Pour la première, lorsque les éléments sont consacrés, la substance du pain et du vin se change en la substance du corps et du sang du Christ. Pour les autres, cette transformation n'a pas lieu mais Christ est présent dans, avec et par l'intermédiaire du pain et du vin, parce que le Christ l'a dit. Dans ces deux traditions, la consécration des éléments est vitale. Ce que le fidèle ingère doit être consacré.

 

Pour les traditions qui ne croient pas à la présence physique du Christ dans les éléments, comme les Églises réformées, baptistes ou non-dénominationnelles en général, il n'y a pas de consécration. On met souvent l'accent sur le travail de l'Esprit Saint, qui travaille directement dans les cœurs. Pour la tradition réformée, l'Esprit Saint élève les cœurs des fidèles croyants qui entrent en communion avec le Christ. Pour les Églises baptistes et non-dénominationnelles, le pain et le vin sont des symboles qui représentent le corps et le sang du Christ. La congrégation partage les éléments en souvenir de lui. Les paroles de la personne qui préside sont importantes mais elles ne transforment pas les éléments. Les éléments restent des symboles. Le croyant reçoit le Christ par la foi.

 

Aussi bref et ultra-sommaire soit-il, ce résumé des différentes traditions révèle un point : la croyance en la présence réelle du Christ ne concerne pas seulement la présence du Christ dans les éléments. Elle détermine structurellement le rôle du clergé. Et cela fait toute la différence. Si une tradition croit en la présence réelle du Christ dans les éléments, ne seront considérés comme de véritables éléments de communion que des éléments consacrés. En conséquence, le pouvoir et l'autorité de consacrer ces éléments sera réservé à un clergé ordonné et seuls ces éléments consacrés seront acceptés comme communion véritable. Dans les traditions qui croient à la présence réelle, la communion en ligne n'est donc pas possible. La congrégation doit recevoir le corps et le sang du Christ des seules mains du clergé. Le catholique laïque peut regarder une messe en ligne mais il ne peut pas participer à la communion elle-même. La tradition catholique romaine appelle cela la communion spirituelle par laquelle un croyant qui ne peut participer à la communion effective prie et entretient son désir de communion.

 

D'un autre côté, pour les traditions dans lesquelles les éléments eucharistiques ne sont pas consacrés et qui croient que dans la communion, la congrégation proclame et commémore le Christ, la communion en ligne n'est pas impossible. Les membres de l'Église peuvent préparer leur propres éléments chez eux, puis le pasteur et les membres de la congrégation partagent leurs propres éléments ensemble à travers une plateforme de streaming en ligne. Puisque la base est de proclamer et commémorer le Christ, il n'y a rien qui empêche une telle proclamation et un tel souvenir. Et puisque la grâce vient de l'Esprit Saint, la séparation spatiale peut assurément être surmontée (et effectivement, la technologie la surmonte aussi).

 

Comme l'ont remarqué des théologiens de la libération comme Claudio Carvalhaes et Juan Luis Segundo (3), la question de la communion n'est jamais seulement une question théologique - c'est aussi en même temps une question politique. Je ne peux m'empêcher de remarquer que la pandémie actuelle démontre le caractère démocratique ou non-démocratique de telle ou telle théologie.

 

Il y a controverse sur la communion en ligne lorsque la tradition pense que les membres laïcs de la congrégation ne peuvent pratiquer la communion et recevoir le Christ que des mains du clergé (ou de ceux que le clergé a désigné). Même si ce n'est pas forcément l'intention, la croyance en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie oblige à ce qu'une certaine classe - le clergé - bénéficie d'un accès spécial au corps et au sang du Christ. Puisque l'Eucharistie est vue comme moyen de la grâce, les gens ordinaires - les membres laïques de la congrégation - ne peuvent en conséquence recevoir la grâce que par l'intermédiaire de la classe privilégiée. Lorsque l'accès au clergé est exclu du fait d'une épidémie, l'accès des laïcs au corps et au sang du Christ est également exclu.

 

Le privilège du clergé se manifeste dans l'architecture même des hautes Églises : les membres laïques de la congrégation sont éloignés de l'autel et il y a même souvent une rambarde pour les en séparer et qui leur permet de recevoir la grâce des mains du clergé. Les laïques ne participent tout simplement pas à la liturgie si ce n'est pour répéter la prière "officielle". La messe latine implique que les laïques n'ont même pas besoin de comprendre ce qui se passe.

 

La question de la communion en ligne dévoile le côté politique de la théologie eucharistique. On peut faire la même analyse du sacrement catholique de la confession. Lorsque la distanciation sociale exclut les catholiques de la confession, il y a crise à moins que le clergé puisse offrir des confessions en ligne ou en "drive-thru" (4). La crise dévoile à quel point la théologie sacramentelle peut forcer les consciences laïques à lourdement dépendre d'une élite.

 

La réformation de l'Eucharistie au 16e siècle fut en fait un transfert de pouvoir. Dire que le pouvoir est à l'Esprit Saint, c'est détruire le pouvoir de la structure ecclésiale hiérarchique. En même temps, c'est donner le pouvoir aux gens. L'Esprit Saint est également présent à tous. Il n'y a pas d'accès privilégié à la grâce de Dieu.

 

Comme l'ont remarqué plusieurs pasteurs de Hong Kong, le double contexte de l'épidémie et d'une oppression accrue force à repenser l'existence de l'Église et une décentralisation de l'autorité dans l'Église. Le croyant laïque doit être sollicité et donc autorisé à témoigner de Dieu dans son propre contexte. Le témoignage des membres de l'Église est le témoignage de l'Église, particulièrement en un temps troublé. On doit se concentrer sur l'efficacité des gens, pas des sacrements. Autoriser la communion en ligne au milieu d'une pandémie, c'est exactement ça.

 

Il n'y a pas de doute que, comme beaucoup l'ont signalé dans ce débat, la fraternité physique est importante. La question de la communion en ligne dévoile encore un autre problème courant dans notre communion habituelle : l'individualisme. Les individus réfléchissent sur eux-mêmes et ne partagent les éléments qu'avec un minimum d'interaction personnelle. Maintenant que la communion physique n'est plus possible, on commence à s'inquiéter de l'aspect communautaire. Bien sûr, la communion ne devrait jamais être une affaire individuelle et toujours un partage communautaire de Christ ensemble pour être appelés à être membres du Christ. Cependant, la communion en ligne n'implique pas forcément de l'individualisme. La technologie peut précisément favoriser la fraternité pendant une pandémie. Le pasteur et la congrégation partagent ensemble la plateforme de streaming en direct une fois que la technologie a surmonté les restrictions spatiales. Et les personnes qui autrement n'assistaient pas au culte de l'Église ou ne le pouvaient pas peuvent maintenant y participer de chez eux. À cause de la pandémie, j'ai moi-même pu participer pour la première fois à la communion de ma paroisse hongkongaise tout en vivant aux États-Unis.

 

Il faut revenir à la réponse de Jésus à la question de la femme samaritaine sur le bon lieu de culte. Le bibliste Ming Him Ko a remarqué, à propos de la récente digitalisation de l'Église, que quand Jésus a dit que le temps était venu de rendre un culte à Dieu en esprit et vérité (Jean 4,21-23), "esprit" signifie spécifiquement l'Esprit Saint. Le temps est donc venu, et c'est maintenant, de rendre un culte à Dieu au moyen de l'Esprit Saint et de ne pas être limité par un lieu ou une institution.

 

La communion en ligne n'est pas simplement une affaire d'adaptation technologique. L'Église doit être vivante et toujours attentive aux besoins de ce monde brisé. À chaque nouvelle crise, l'Église est appelée à être créative. L'institution ecclésiale et ses traditions doivent servir la communauté locale et non l'inverse. »

 

 

(1) Online Communion amid Pandemic? A Theological and Political Reflection. See-Yin (Celine) Yeung est doctorante en théologie systématique au Séminaire Théologique de Princeton après avoir étudié à Hong Kong, Oxford et Aberdeen. Sa recherche porte sur la doctrine réformée et le contexte juif de la Sainte Cène.  

 

(2) Allusion au dialogue de Jésus et de la femme samaritaine (Jean 4,1-42) à qui Jésus dit (verset 21) : « Femme, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père ». Cette montagne est le mont Gerizim qui est la montagne sacré des Samaritains près de Naplouse.

 

(3) Juan Luis Segundo (1925-1996), jésuite uruguayen, est l'un des pères de la théologie de la libération. Son ouvrage majeur est Théologie ouverte pour le laïc adulte (5 volumes de 1968 à 1984). Claudio Carvalhaes est lui un presbytérien brésilien qui enseigne à l'Union Theological Seminary de New York et est spécialiste de la liturgie en contexte post-colonial.

 

(4) Voir la dépêche AFP sur l'initiative très médiatisée de ce prêtre catholique du Maryland : With churches closing, US priest offers drive-thru confessions

 

 

 

Honte et amour à l'âge de la pandémie

Mars 2020

Comme chez les catholiques, la distanciation sociale imposée par la pandémie perturbe beaucoup la pratique sacramentelle des chrétiens orthodoxes. Dans les pays où ils sont majoritaires, la fermeture des églises, lorsqu'elle est effective, a dû souvent être imposée par l'État (comme en Grèce) et le débat est vif un peu partout entre ceux qui défendent une fermeture stricte et ceux qui la contestent, recoupant à peu près la désormais profonde ligne de fracture entre les partisans du Patriarcat œcuménique de Constantinople (1) et ceux du Patriarcat de Moscou (2), les deux institutions ayant pour l'instant réagi assez différemment à la crise. On peut avoir une idée des arguments des premiers en consultant le site Public Orthodoxy du Centre d'études chrétiennes orthodoxes de l'université américaine de Fordham qui sert de forum éditorial aux universitaires orthodoxes anglophones. Dans un texte intitulé Honte et amour à l'âge de la pandémie (3), le père Elias Villis, un prêtre orthodoxe grec américain, réagit par exemple aux commentaires hostiles à l'encyclique publiée le 16 mars par l'archevêque de son Église :

 

« Lorsque l'archevêque Elpidophoros a soumis une encyclique à propos du COVID-19 à ses fidèles au nom du Saint Synode de l'Archidiocèse Grec Orthodoxe d'Amérique (4), ce que j'ai trouvé plus scandaleux et tragique que la pandémie elle-même, c'est le ton donneur de leçon et moralisateur de si nombreux "fidèles" (qu'ils soient clercs/dignitaires ou laïcs) qui ont critiqué ceux qui craignaient d'approcher du calice par peur d'attraper une maladie ou de la transmettre.

 

Parmi les commentaires les plus dérangeants que j'ai vu, il y a celui-ci : "Si tu crois que tu vas tomber malade en participant à la Sainte Communion, tu es dans le péché et tu ne devrais pas t'en approcher". Et un autre : "Comment peux-tu croire que le Corps et le Sang de Christ peuvent te rendre malade ?"

 

Est-ce que c'est vraiment le genre de commentaires qui nous mènent à Dieu ? Est-ce que la pandémie est une sorte de concours spirituel où nous devons prouver au monde des réseaux sociaux à quel point nous avons plus de foi que les autres ? »

 

Villis expose ensuite les raisons qui font que, même si « le Corps et le Sang du Christ ne peuvent rendre personne malade », l'Eucharistie est destinée à tous : « Ceux dont la foi est forte, ceux qui n'ont pas la foi et ceux qui ont du mal avec la foi ». Ainsi, Jésus a permis que Thomas (« chef de ceux qui doutent ») le touche et lors de la première Eucharistie, « est-ce que le Christ n'a pas autorisé Judas, celui qui allait le trahir, à partager son Corps et son Sang ? Est-ce que le fils incarné du Dieu vivant ne savait pas que Judas allait le trahir et pourtant ne l'a-t-il pas autorisé à partager ? Il lui a même lavé les pieds ! Est-ce qu'il lui a demandé de quitter la Cène ? Non. »

 

« Est-ce que l'on peut imaginer la douleur et l'angoisse de la personne qui a peur d'approcher le calice ? Pensez-vous que les gens qui se débattent avec ça se sentent vraiment bien ? Voulons-nous que ceux qui sont saisis par la peur se sentent comme des rejetés ? Ne voyons-nous pas que lorsque nous les critiquons, nous ne faisons qu'empirer les choses ?

 

Le Seigneur a-t-il rejeté la femme qui avait un écoulement de sang quand elle L'a approché et L'a touché (Marc 5,25) ? A-t-elle touché la frange de son vêtement alors qu'elle saignait ou a-t-elle attendu que le saignement cesse ?

 

Je refuse de croire que notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ puisse jamais dire à quelqu'un qui est fidèle de toutes sortes de façons mais a du mal à approcher du calice à cause de la peur de la maladie : "Ne t'approche pas puisque tu manques de foi". Ce n'est pas le Christ que nous honorons et adorons. Le Seigneur que nous honorons et adorons est Celui Qui dit la même chose à tous, quels que soient leur foi et leur péché : "Viens à moi mon enfant". Une personne qui est fidèle, qui prie, qui va à l'église, nourrit les pauvres, visite les malades et les emprisonnés mais a du mal avec cela - par crainte d'approcher du calice pendant la pandémie - ne devrait pas être humiliée par des membres plus zélés de l'Église, qu'ils soient laïcs ou clercs. Personne ne devrait dire publiquement que la crainte de quelqu'un est un péché. Oui, notre Seigneur a dit et redit : "Ne soyez pas incroyants mais croyants".

 

À mon avis, l'un des plus profonds passages de l'Écriture se trouve dans l'Évangile selon Marc (9,23-25). Quand un homme a amené son fils, un démoniaque, pour qu'il soit soigné par le Seigneur, le Seigneur a dit au père : "Si tu peux croire, toutes choses sont possibles à celui qui croit". Mais le texte continue avec la plus grande prière de toute l'Écriture - le père de l'enfant s'est mis à pleurer et a dit en larmes : "Seigneur, je crois ; viens au secours de mon incroyance". Comme prêtre, je récite souvent cette prière quand je quitte une prison ou un hôpital pour enfants cancéreux. Dans ce genre de situations, pour être honnête, ma foi est secouée jusqu'à l'os. Je fais cette prière de nombreuses fois dans la journée.

 

Comment l'Église du Nouveau Testament est-elle passée de 11 apôtres à des centaines de fidèles qui se sont fait baptiser ? C'est parce que la première Église était une communauté d'amour inconditionnel et de miséricorde face à la revanche et au châtiment. C'était une communauté de pardon, de patience et de compassion. C'est ce qui a converti tant de gens à l'UNIQUE Qui est Miséricordieux, Compatissant et Aimant. Les non-croyants ont été convertis parce qu'ils voyaient une communauté d'amour, de miséricorde et de pardon quoiqu'il arrive. Oui, effectivement, les miracles ont aidé à convertir les non-croyants pour qu'ils croient à l'Évangile du Christ mais soyons honnêtes, l'expérience la plus remuante que l'on soit croyant ou non, c'est lorsque nous sommes véritablement pardonnés et réconfortés par celui contre qui nous avons péché. Nous entrons dans le Royaume de Dieu par l'amour et non par la peur. »

 

 

(1) Le patriarche Bartholomée a publié dès le 11 mars une déclaration demandant aux fidèles de respecter les directives de l'OMS et des autorités civiles. Puis le 18 mars une déclaration plus spécifique : « Aujourd'hui, nous déclarons universellement notre décision ecclésiastique et ordonnance de cesser tous les services divins, évènements et rituels à l'exception de la prière privée dans les églises qui resteront ouvertes, jusqu'à la fin du mois de mars »

 

(2) Le patriarcat de Moscou a lui publié des instructions le 17 mars excluant toute interruption du service mais prescrivant diverses mesures particulières de précaution comme par exemple : « La cuiller devra être essuyée après chaque participant avec un mouchoir imprégné d'alcool », « On utilisera des gants hygiéniques jetables pour distribuer l'antidoron », « Les participants devront s'abstenir de baiser la Coupe ».

(3) Shame or love in the age of pandemic, 21 mars 2020. 

 

(4) Le 16 mars, veille de la déclaration du patriarche Bartholomée (dont il dépend), l'archevêque grec orthodoxe de New York avait annoncé l'arrêt de toute activité publique : « L'Archevêque, vu son inextinguible intérêt quant à la santé à la fois du troupeau de l'Archidiocèse et du reste de la population, plus particulièrement parce que la ville de New York est au cœur de la pandémie du coronavirus, annule immédiatement toutes ses activités publiques. (...) Les paroisses continueront d'assurer les liturgies (...) mais les fidèles devront prier chez eux et ne participer aux services que par l'intermédiaire de la télévision et d'Internet »

 

 

Dimanche 22 mars

Mars 2020

 

Eucharistie radiophonique. « Ç'aurait dû être un culte festif avec musique à tout va, l'église pleine et la reine au premier rang », lit-on sur le site de l'Église nationale danoise (1) puisqu'il était prévu de célébrer ce dimanche dans la cathédrale Notre-Dame de Copenhague la parution d'une nouvelle traduction de la Bible en danois actuel. « Mais quand l'évêque Peter Skov-Jakobsen (2) marchera vers l'autel, ce sera pour ouvrir son micro devant une église vide. » ... En effet, la radio publique danoise étant désormais incapable de transporter ses équipes et son matériel d'un temple à l'autre comme elle en a l'habitude, il a été décidé de se replier sur l'équipement fixe d'enregistrement disponible dans la cathédrale pendant toute la période de confinement. Dimanche dernier, l'audience du culte dominical radiophonique a déjà plus que doublé par rapport à la normale : 130 000 auditeurs au lieu de 55 000. Ce dimanche, étant données les circonstances, le culte sera retransmis intégralement avec psaumes et cantiques, prières, sermon ... et cène. Une cène à laquelle l'évêque de Copenhague appelle ses auditeurs à participer depuis chez eux : « Cela peut se faire avec un peu de pain et de vin que l'on a préparé et en participant au sacrement tout en écoutant ». La prédication sera basée sur Jean 6,35 (« Moi je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim et celui qui croit en moi n'aura jamais soif »), un verset choisi avant la crise pour ce culte de mi-carême.

 

 

(1) La Folkekirken (littéralement, l'Église du peuple ou des gens) est l'Église luthérienne établie au Danemark dont les trois-quarts de la population sont encore officiellement membres. Lire l'article Modtag nadveren ved din radio (Recevez la Sainte-Cène par votre radio) sur le site de l'Église.

 

(2) Peter Skov-Jakobsen est évêque luthérien de Copenhague depuis 2009, une position qui en fait le primus inter pares des 11 évêques de son Église (dont les autorités suprêmes sont la reine et le ministre des affaires ecclésiastiques). Il est co-président de la Communion de Porvoo (une association d'Églises luthériennes et anglicanes).

 

Le psaume 23 pour ouvrir le culte à la maison. Pour le deuxième dimanche de suite, l'Église Évangélique Espagnole (3) a envoyé à ses fidèles du « matériel » pour célébrer le culte en famille. Accompagné du message suivant :

 

« Chers frères et sœurs ;

 

Recevez le salut fraternel de la Commission permanente. En ce temps d'inquiétude et où l'on apprend tant de cas de maladie et d'isolement, nous sommes appelés à être porte-paroles de l'espérance et de la bonne nouvelle dans le Seigneur.

 

Comme Église, nous sommes aussi appelés à prier, à chercher le Seigneur dans la communion les uns envers les autres et bien qu'il ne soit pas possible en ce temps de nous réunir physiquement au même endroit, nous pouvons le faire en Esprit, comme dirait l'apôtre Paul. C'est pour cette raison que nous avons invité les pasteurs et pasteures de l'IEE à participer a la série de lectures, réflexions, prières et dévotions que vous pouvez voir en cliquant ici.

 

Comme dimanche dernier, nous vous envoyons pour ce dimanche une contribution pour la célèbration du culte à la maison (cliquer ici pour la télécharger) qui sera également disposible sur le site.

 

En plus de ceci, nous faisons un appel pour que vous continuiez à prier et aussi pour que vous suiviez les indications que nous donnent les autorités compétentes. C'est pour cette raison que nous vous invitons à ne pas faire attention à tout type d'information qui vous arrive et surtout à ne pas le retransmettre sans vérifier les sources auparavant. Par contre, soyons attentifs à ce qui arrive et suivons-le avec patience et en tâchant d'encourager ceux qui nous entourent. Comme dans d'autres occasions, l'Église est appelée à être lumière au milieu des ténèbres, à être espérance au milieu du désespoir et à être guide au milieu de la confusion.

 

Enfin, partageons cette prière par laquelle nous pouvons être réunis :

 

Seigneur, notre Dieu, ne permets pas que nous perdions l'espérance quand nous sommes abattus. Si nous ressentons de la déception, ne permets pas que nous tombions dans l'amertume. Si nous avons échoué, ne permets pas que nous nous avouions vaincus. Si nos forces se sont épuisées, ne permets pas que nous périssions mais accorde-nous de sentir ta présence et ton amour (Karl Barth).

 

Espérons que le Seigneur nous accompagne et qu'il nous permette en ce temps de vivre ce que nous sommes : l'Église du Seigneur.

 

Pasteur Dr. Israel Flores Olmos, Premier Secrétaire de la Commission Permanente »

 

Le matériel consiste en un livret « dévotionnel d'oraison familiale » (4) commençant par la lecture du psaume 23 : « El Señor es mi pastor; nada me faltará » (Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien) suivie d'une prière de gratitude : « Père éternel, nous sommes entre tes mains, guide-nous en ce temps que nous vivons et donne-nous d'être reconnaissants de tout ce dont nous profitons par tes mains. Ne nous laisse pas tomber en la tentation de la marée noire des mauvaises nouvelles et élève notre regard pour apprécier tous les signes de ton amour qui chaque jour ravivent l'espérance. » Suit le chant Señor heme en tus manos (Seigneur, tiens-moi dans tes mains) puis une autre prière « pour la foi, l'espérance et l'amour » dont le deuxième paragraphe a une tonalité quelque peu espagnole : « Nous te rendons grâce, Seigneur, pour maintenir vive en nous l'espérance de ton Royaume, parce que tu nous donnes de la force dans la lutte contre le mal qui nous entoure : l'intolérance de tous, les anathèmes des hiérarchies, les abus de pouvoir, la corruption, l'argent qui corrompt jusqu'à la moelle et l'apathie générale ». Trois lectures bibliques suivent : l'onction de David par Samuel (premier livre de Samuel 16,1-13, « Samuel dit à Isaï : Ce sont là tous tes fils ? Et il répondit : Il reste le plus jeune qui garde les brebis »), un passage de la Lettre aux Éphésiens (5, 8-14, « Réveille-toi, toi qui dors ») et la guérison de l'aveugle né (Jean 9, 1-41 « Je suis venu pour juger ce monde, pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient ne voient plus ».) Enfin le cantique Ardan nuestros corazones (Que nos cœurs brûlent) sur l'Hymne à la joie de Beethoven et une prière « pour ceux qui cherchent Dieu » se terminant par « Pour toutes les personnes qui vivent dans ce monde, entre l'espérance et la crainte, et aussi pour nous, prions Dieu - Libère-nous de la crainte - Et de toute fausse sensation de sécurité, et donne-nous toujours ce qui est pour notre bien. Par Jésus-Christ notre Seigneur, Amen ». Poème final : « Répands ta grâce, ô Dieu ! Permets que nous t'acceptions, avec humilité, depuis le temps et le lieu dans lequel nous vivons, chaque jour, à chaque moment. »

 

 

(3) L'Église Évangélique Espagnole (Iglesia Evangélica Española, IEE) est la plus ancienne Église protestante du pays, née à la fin du 19e siècle du rassemblement des différentes Églises réformées et congrégationnalistes autorisées après la libéralisation religieuse de 1869. Les Églises méthodistes, surtout présentes dans la partie catalanophone du pays, l'ont rejointe en 1955. Une période où elle se lie aux autres Églises protestantes malmenées par le franquisme pour former ce qui deviendra en 1986 la Fédération des Entités Religieuses Évangéliques d'Espagne (FEREDE), chargée de gérer les rapports avec l'État.

 

(4) Le dévotionnel peut être téléchargé sur le blog de ressources de l'IEE.

 

« Pas de lavement de pieds le culte du Jeudi Saint ». Premières mesures de restriction en Namibie : l'évêque anglican du pays, Luke Lungile Pato, a envoyé samedi 20 mars une lettre aux fidèles de son Église (5) listant les nouvelles règles à suivre pour limiter la contagion :

 

« Cher peuple de Dieu

 

Grâce et paix à vous de la part de Dieu notre père et le père de Notre Seigneur Jésus-Christ, Amen !

 

En conséquence de la déclaration du Covid-19 comme pandémie mondiale par l'Organisation Mondiale de la Santé et la confirmation de 2 cas de Covid-19 en Namibie par le Ministre de la Santé et des Services Sociaux ainsi que de l'état d'urgence déclaré par Président de l'État, le Diocèse Anglican de Namibie a formulé des règles pour ses paroisses et congrégations (...) :

 

a. Les portes des temples ne seront pas fermées. Ceux qui veulent assister à des cultes ou entrer pour prier peuvent le faire et DOIVENT appliquer les mesures sanitaires préventives mises en place. Ceux qui ressentent le besoin de l'auto-quarantaine peuvent aussi choisir de le faire.

 

b. Les cultes devront être raccourcis et l'essentiel devra être consacré à la prière. Il est conseillé que là où c'est possible, les paroisses puissent assurer deux ou trois cultes afin de respecter le nombre maximal de personnes par culte - pas plus de 50 à la fois.

 

c. Il n'y aura pas de culte de baptême d'ici au dimanche de Pâques.

 

d. Pour les funérailles, les cultes commémoratifs et les mariages - l'assistance doit être réduite au minimum et là où c'est possible, il est préférable de reporter.

 

e. Les bureaux paroissiaux continuent à fonctionner mais sont soumis aux règles en vigueur en ce qui concerne la distance (1 mètre) et l'hygiène. Il est vivement demandé aux paroissiens de coopérer.

 

f. Les distributions de thé/café et les repas fraternels sont suspendus.

 

g. Merci de n'assurer que les Offices du Matin/Matines et Vêpres d'ici au Vendredi Saint tandis que nous examinons le développement du virus dans notre pays. (Là où ce n'est pas possible, administrez l'Eucharistie de la façon conseillée par l'Archevêque du Cap (5)).

 

h. Les salutations et baisers de paix doivent se faire par hochement de tête ou geste de la main - (Évitez de vous serrer la main, de vous serrer ou de vous embrasser).

 

i. Merci au clergé d'avoir un désinfectant pour les mains (si possible à base d'alcool) sur soi lors des visites à l'hôpital, à domicile ou sur appel.

 

j. Chaque paroisse doit nommer deux "Inspecteurs Sanitaires" - pour s'assurer que les règles et l'hygiène sont respectées.

 

k. On ne rendra pas visite aux personnes en quarantaine - mais le clergé devra assurer le soin pastoral en utilisant des moyens alternatifs comme : appels téléphoniques, conversations en ligne, skype, etc.

 

l. Les répétitions des groupes de ministère sont suspendues jusqu'à Pâques.

m. Pas de lavement de pieds le culte du Jeudi Saint.

 

n. Toute personne entrant dans un lieu de culte doit être désinfectée - Cela signifie que chaque lieu de culte doit fournir à l'entrée soit de l'eau courante et du savon, soit du désinfectant pour les mains.

 

o. Merci à toutes les personnes au système immunitaire fragile de rester chez elles et de faire Complies à domicile jusqu'à Pâques (Sont concernées : les personnes âgées, les patients souffrant du Sida ou de la tuberculose et toute personne en situation de faiblesse).

 

p. Les enfants doivent rester chez eux et les Écoles du dimanche sont suspendues jusqu'à Pâques.

 

NB:
Ce n'est pas un temps pour la peur, le désespoir et la défaite; c'est un temps décisif pour exercer notre Foi. N'ayez pas peur. La vie est plus forte que la mort. La lumière est plus forte que l'obscurité et l'amour est plus fort que la haine.

 

Grâce et Paix

 

À vous dans le Christ »

 

 

(5) On peut lire ces Règles pastorales ici. Le diocèse anglican de Namibie rassemble une vingtaine de paroisses, principalement dans le nord du pays.

 

(6) Le jeudi 17 mars, l'archevêque du Cap Thabo Makgoba (dont dépend le diocèse de Namibie ainsi que ceux d'Angola et du Mozambique) a précisé les nouvelles règles en la matière lors des services anglicans : « Gardez vos distance les uns des autres lorsque vous faites la queue pour recevoir l'hostie. Ne touchez pas la rambarde de communion avec vos mains. Si possible, restez debout lorsque vous recevez la Communion. Le clergé doit utiliser un désinfectant pour les mains avant de distribuer l'hostie. Seul le prêtre devra consommer le vin. C'est une pratique théologique saine et n'invalide pas l'Eucharistie pour ceux qui la reçoivent. » 

 

Samedi 21 mars

Mars 2020

Des bougies à la fenêtre, c'est l'initiative commune des protestants et catholiques suisses en attendant Pâques. Le communiqué commun (1) des Églises Évangéliques Réformées de Suisse (EERS/EKS) et de la Conférence des Évêques Suisses (CES/SBK) publié mercredi 18 mars en allemand et en français précise qu'elles « appellent chacune et chacun, dans un message commun, à allumer une bougie chaque jeudi soir à 20h00, à la placer de manière visible à la fenêtre et à prier, par exemple un Notre Père : pour les victimes du virus, pour celles et ceux qui travaillent dans le domaine de la santé et pour toutes les personnes menacées d’isolement dans la situation actuelle. « Nous demandons l’aide de Dieu pour toutes ces personnes et nous exprimons de cette manière notre communion avec elles », explique Mgr Gmür (2). L’objectif est de créer un océan de la lumière de l’espérance à travers tout le pays. Cette action durera jusqu’au Jeudi Saint. « L’Eglise est plus qu’une maison – elle est une mission, celle de veiller les uns sur les autres, tout particulièrement quand il y a une menace », dit Gottfried Locher (3). Ce souci des autres dans notre pays va plus loin : au soir du Jeudi Saint toutes les cloches des deux Églises sonneront à 20h00 pour la prière du soir ; il en sera de même le dimanche de Pâques. »

 

 

(1) À lire sur le site francophone de l'Église Évangélique Réformée de Suisse

 

(2) Mgr Felix Gmürr est évêque de Bâle depuis 2010 et président de la Conférence des évêques de Suisse depuis 2019.

 

(3) Gotfried Locher est pasteur et théologien. Il préside l'Église Évangélique Réformée de Suisse depuis 2011 et la Communion d'Églises Protestantes en Europe (CEPE, issue de la Concorde de Leuenberg) depuis 2015.

 

« Être l'Église quand il n'y a pas d'Église. » Pour Erin Wathen, pasteure de l'Église Chrétienne (Disciples du Christ) (4) à Louisville dans le Kentucky, « de toutes les annulations, la plus déprimante de toutes est peut-être, de beaucoup de points de vue, celle des cultes. Cela semble absurde dans un temps où les gens sont angoissés et ont besoin d'être ensemble ; quand les gens sont confrontés à l'incertitude économique et ont besoin d'aide ; et quand les gens ont peur et ont besoin d'être confortés par la prière et l'échange. » Mais voilà, « aujourd'hui, la meilleure façon de protéger ses proches est de les empêcher de s'approcher. C'est triste. C'est pénible. Cela va contre tout ce que doivent être les dirigeants d'Église proclamant la foi en un Dieu plus grand que les peurs humaines. Et cela énerve l'ego de qui se croit assez costaud pour braver la tempête et arriver au temple avant les autres et lancer le café ». Sur ce « territoire inconnu», Wathen liste « quelques trucs à se rappeler et quelques façons de continuer à être l'Église, même quand on ne peut pas entrer dans l'église ». Nous traduisons à la suite ses cinq commandements de l'Église hors les murs.

 

« Soutenez vos pasteurs. Et les anciens, et les administrateurs et les conseillers presbytéraux - toutes celles et ceux qui sont chargés de prendre les décisions difficiles sur s'il faut et comment être ensemble en ces temps d'incertitude. Il n'y a pas de feuille de route pour cela et il n'y a pas de réponse unique. Soyez assurés que les personnes qui vont finalement prendre la décision ont passé quelque temps à prier, à réfléchir et à avoir de bien difficiles conversations. Sachez qu'elles ont lourdement pesé les conséquences, y-compris votre déception et qu'elles ont finalement fait ce qu'elles pensaient être le meilleur pour le bien-être de la communauté. Remerciez-les d'avoir pris votre intérêt si à cœur et ensuite ...

 

Envoyez votre contribution. Cela peut sembler rien du tout vue l'énormité des évènements actuels mais croyez-moi, il est vraiment important de continuer à donner, aussi longtemps que vous en avez les moyens. C'est l'occasion idéale pour tester les possibilités d'offrande en ligne ou pour encourager les gens à s'engager pour des prélèvements réguliers. Même les congrégations les plus à l'aise peuvent se trouver en difficulté, et très vite, après quelques dimanches sans offrande au culte. Si vous ne pouvez pas donner en ligne, postez un chèque, envoyez un pigeon voyageur, faites ce que vous avez à faire. Même si le bâtiment est vide, il faut payer les salaires et les factures ; et en plus, vous aidez votre Église à maintenir ses engagements envers la communauté dans une période où cet engagement est plus important que jamais.

 

Vérifiez que celles et ceux qui habitent à côté de chez vous vont bien. Les plus vieux ou qui sont en chimio, celles et ceux dont l'enfant bénéficie de l'allocation de cantine ou doivent toujours aller travailler et auraient bien besoin d'aide en matière de garde d'enfant ... Chaque fois que vous aidez quelqu'un près de chez vous, vous exprimez les valeurs de votre communauté de foi. Vous incarnez ce dont parle tout l'Évangile, qui sort l'église de ses murs et la vivifie pour les autres. C'est cela que nous allons apprendre à l'église - c'est "pour un temps comme celui-ci" que vous avez passé tous les autres dimanches au culte.

 

Priez pour votre communauté d'église. Et envoyez des messages. Servez-vous de votre téléphone. Tout ce que vous faites pour les personnes alitées chez elles, faites-le désormais pour tout le monde, maintenant que nous sommes tous, en quelque sorte, alités. Nous sommes un corps, même quand ce corps n'est pas réuni en chair. Il y a toutes sortes de moyens pour rester connectés en esprit et pour s'occuper des besoins spirituels les uns des autres.

 

Pratiquez le Sabbat. Pour certains, cet arrêt de la vie à laquelle nous étions habitués va être très dur financièrement. Dans l'esprit de l'alinéa 3, occupez-vous de vos voisins autant que vous pouvez. Et le reste du temps, examinez si votre propre inconfort ne serait pas qu'une simple gêne et remettez les choses en perspective. Reconnaissez que cette pause peut être un don - le don forcé d'un sabbat de temps pour s'arrêter et profiter de votre famille sans avoir mille choses à faire et mille endroits où aller. Lisez ensemble; cuisinez ensemble (et pour quelqu'un qui habite près de chez vous ? Retour à l'alinéa 3); ou même une longue séance de Netflix ensemble. Depuis combien de temps n'avez-vous pas tous été si longtemps chez vous ? Parlez de ce que vous retirez de cette période. Parlez de vos bénédictions. Faites un jeu. Faites quelque chose. Écoutez de la musique. N'importe quoi. Tout peut être un culte à sa façon si par "culte" nous entendons repos et renouvellement par l'échange avec Dieu et les autres. »

 

 

(4) L'Église Chrétienne (Disciples du Christ) est un groupement de plus de 3 000 communautés protestantes issu de l'une des tendances du Réveil américain du début du 19e siècle entre Pennsylvanie et Kentucky, très anti-dénominationnelle, pratiquant le baptême des adultes par immersion et une Sainte Cène hebdomadaire ouverte à toute personne baptisée. On peut lire le texte d'Erin Wathen sur le site américain Patheos, consacré à l'actualité et la réflexion religieuse, toutes convictions confondues. Son texte a été repris ces derniers jours par un grand nombre de paroisses protestantes américaines, souvent en changent l'ordre des commandements et sans toujours la citer.

 

« Je ne veux plus perdre mon temps. » Le site d'informations sur le christianisme chinois China Source a publié la traduction d'un témoignage anonyme (comme presque toujours s'agissant de chrétiens chinois) d'un officiel chrétien (5) dans une petite ville rurale confrontée à l'épidémie. « Depuis qu'a commencé la crise du coronavirus, dit-il, j'ai passé tout mon temps à aller d'un village à l'autre sur la ligne de défense. Tout le monde autour de moi a fait vraiment de son mieux et a ressenti l'incroyable fragilité des êtres humains face à l'épidémie. (...) Je travaille au plus bas niveau de l'administration locale dans un petit village au nord. (...) Ce que j'ai fait, c'était fermer des quartiers, des routes, les entrées des ensembles résidentiels, fermer les dispensaires, les pharmacies et les restaurants. Chaque village a commencé à diffuser l'information et à interdire aux gens de se rassembler. Les mesures de prévention contre le virus et de controle sont devenues de plus en plus strictes. Toutes les routes ont été barrées; chaque village n'a gardé qu'une seule "voie verte" d'accès. Que vous vouliez quitter le canton, le village ou même votre ensemble résidentiel, vous deviez passer un contrôle de température et d'identité. Il y avait une tente avec de l'eau, de l'électricité et du chauffage sur chaque "voie verte". Il y avait quelqu'un travaillant là 24 heures sur 24. On a envoyé des masques, du produit désinfectant et le reste aux villages. (...)

 

Comme chrétien, même si ma vie spirituelle est extrêmement limitée, dès qu'a commencé la crise du coronavirus et que les cas confirmés se sont accumulés, j'ai pensé "Qui peut contrôler ça ?" C'est exactement comme quant il y a eu le SARS : c'est arrivé quand c'est arrivé et c'est parti quand c'est parti. Les êtres humains peuvent faire tout ce qu'ils peuvent et utiliser toute leur tête mais ça ne sert qu'à découvrir le virus et mettre les gens en quarantaine aussi tôt qu'ils le peuvent. Face au coronavirus, les êtres humains sont réellement minuscules. C'est pour cela qu'en accomplissant mon travail, j'éprouvais souvent un profond sentiment d'impuissance. J'avais l'impression que ce que je faisais n'aidait personne concrètement.

 

Ma mère est chrétienne et ma grand-mère est aussi croyante. Depuis l'enfance, j'ai vécu dans une atmosphère de foi. Mais avec le temps, j'ai fini par ne penser à Dieu que comme un protecteur ou quelqu'un vers qui se tourner quand on veut quelque chose - ou que l'on veut réussir quelque chose. Après avoir passé mes examens de fin d'enseignement secondaire, ma grand-mère m'a souvent lu la Bible. Pendant qu'elle lisait, j'écoutais mais quand elle s'arrêtait de lire, j'oubliais tout de qu'elle avait dit.

 

Quand je suis allé à l'université, j'ai pensé que puisque je m'éloignais de ma grand-mère et de ma mère, j'allais aussi m'éloigner de Dieu. De façon surprenante, peu après le début de mes études, un type est venu dans le dortoir un soir, il a toqué et demandé : "Est-ce qu'il y a des chrétiens dans votre dortoir ?" À ce moment-là, j'ai frémi de la tête aux pieds. Je ne pouvais plus bouger tellement j'étais surpris. Après avoir regardé dans le vide quelques secondes, j'ai dit : "Oui, moi". À cette époque-là, je pensais seulement que puisque ma mère était chrétienne, alors il fallait que je le sois. Le frère chrétien m'a dit qu'il y avait une fraternité chrétienne à l'université. C'était la première fois que j'entendais le mot fraternité. Je lui ai donné mon numéro. J'ai pensé à un passage de l'Écriture que ma grand-mère m'avait lu : Jean 14,3. "Et si je vais vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez également". À cette époque-là, je ne comprenais pas vraiment ce verset mais j'ai eu tout de suite cette pensée dans le cœur : Peut-être qu'il y a vraiment un Dieu; j'ai quitté la maison pour une université aussi lointaine mais il m'a poursuivi - il existe. J'ai senti l'amour toujours persévérant de Dieu et j'ai commencé à croire qu'il est un vrai Dieu. (...)

 

Après mon diplôme, j'ai fait ce que voulaient mes parents et je suis retourné travailler dans ma ville natale. Quand j'étais à l'université, je n'avais pas grande ambition ni plans de carrière. Je ne savais pas comment le monde fonctionnait. J'étais l'enfant unique de mes parents et ils voulaient que je revienne au pays. J'ai été un peu désespéré un certain temps et je ne savais pas quoi faire. Je ne voulais pas décevoir mes parents alors j'ai finalement décidé de faire comme ils voulaient. Dans mon cœur, je m'étais fait un plan : j'obéirais d'abord à mes parents et puis plus tard, si Dieu le veut, je repartirais. Je ne voulais vraiment pas rester dans cette petite ville de campagne. Mais en fait, si on vit pour le Seigneur, c'est partout pareil. Je suis très reconnaissant d'avoir ce travail. Le travail m'a beaucoup changé. Cela m'a forcé à me connaitre moi-même et m'a montré ce qu'est le monde. J'ai pu comprendre les choses que je n'avais pas compris dans la Bible quand je la lisais avant. (...)

 

En dehors du travail, la chose la plus importante qui me soit arrivée après mon diplôme a été mon mariage. Le fait de se marier et d'avoir des enfants m'a donné beaucoup de soucis. Quand je repense à mes années à l'université, j'était très pieux et j'aimais sincèrement le Seigneur. Après mon diplôme, j'ai pris avec moi la foi et l'espérance de ma fraternité universitaire jusqu'à ma ville natale pour être sel et lumière. J'allais être un chrétien fermement attaché aux principes de la foi. Mais en quittant cette fraternité chrétienne, mon cœur a peu à peu perdu sa force. Au début, j'avais espéré me marier avec une sœur dans la foi. Mais après un moment, je n'y ai plus cru. Maintenant, j'ai deux enfants et ma femme n'est toujours pas croyante. C'est mon plus grand regret dans la vie.

 

Après mon mariage, comme j'avais maintenant ma petite famille, ma mère ne m'a plus beaucoup parlé de la foi. Je sentais qu'elle et ma grand-mère espéraient que ma foi se renouvellerait. Mais il se passait un truc et puis un autre truc et encore un autre truc ... une année, deux, trois années sont passées. Ça fait maintenant sept ans que j'ai fini mes études et je découvre que j'ai changé. J'étais un homme pieux qui aimait le Seigneur et lentement, je suis retourné au monde. J'ai parfois l'impression que je me soucie peu de ma foi. Bien que ma mère et ma grand-mère m'encouragent à lire la Bible, à prier et à aller au temple, je ne peux pas - et je ne veux pas - faire partie de l'Église locale. Je n'ai pas le moindre doute en ce qui concerne l'existence de Dieu et le salut par Jésus. Mais dans mes actes, j'ai souvent enfreint les principes et les normes de la foi. Pour quiconque me regarderait de l'extérieur, il n'y a vraiment que peu de différence entre moi et un incroyant.

 

Dans ma vie, je ne me garde pas du péché. Dans mon mariage, mon travail et ma famille, j'ai beaucoup péché. Quand le Saint Esprit me fait des reproches, je vais devant Dieu et je me repens. Mais après m'être repenti, je pèche de nouveau pareil, plein de regret mais sans me changer moi-même, encore et encore. Peu à peu, j'ai passé de moins en moins de temps à lire les Écritures et à prier. Je me sentais de plus en plus éloigné de Dieu. Mais il y avait tout le temps une voix qui me disait dans le cœur : "Mon temps, ma vie, à qui vais-je les donner ?" Jésus est la vigne, nous sommes les sarments. Si un sarment quitte la vigne, il demeure sans vie. Je ne voulais pas attendre la retraite ou jusqu'à ce que Dieu me force, pour retourner à lui. J'espérais offrir volontairement mes meilleures années au Seigneur. (...)

 

Quand je considère ma vie aujourd'hui, je sens que ça ne va pas si mal. J'ai une maison, une voiture, une bonne épouse, des parents en bonne santé et même un fils et une fille. En se limitant aux idéaux du monde, on pourrait dire que je ne manque de rien. Mais quand j'appaise mon cœur, je me rends compte que cela ne me donne ni satisfaction ni réconfort. Cela ne peut pas remplir le vide en moi. C'est ma situation depuis quelques années maintenant. Pour moi, cette sensation de vide, c'est Dieu qui refuse de m'abandonner. C'est la preuve qu'il continue de m'appeler. Cette épidémie a été une sonnette d'alarme - Je ne sais pas quand ma vie va se terminer. Depuis l'université, j'ai toujours voulu servir Dieu. Je ne veux plus perdre mon temps. »

 

 

(5) Le témoignage peut s'entendre et se lire en chinois sur le site chrétien Jingjie (Royaume) depuis le 19 février. Il a été traduit par China Source le 17 mars.

Vendredi 20 mars

Mars 2020

«Où se trouve Dieu dans tout ça ?» demande Elena Ribet de l'agence italienne Nev (1) au pasteur baptiste Dario Monaco, responsable de la paroisse de Mottola à 30 kilomètres de Tarente, marqué par l'arrêt de toutes les activités paroissiales et les tensions du retour des expatriés depuis le nord du pays.

 

« Où est Dieu ? répond-il. Et où se fait-il trouver, où peut-on le trouver ? Dieu est toujours dans les interstices entre les choses. Notre Dieu, qui est le Dieu de tout, ne se révèle jamais en entier. Dans l'Ancien Testament, il dit à chacun, même à son prophète préféré : Je suis désolé mais tu ne peux pas me voir en entier, mets-toi dans ce trou, tourne le dos, couvre-toi les yeux avec les mains, hurle et ce que tu auras compris sera mon message. Ce n'est pas un feu dévorant mais une sorte de "bruit silencieux". On le trouve quand nous nous arrêtons, quand malgré notre peur nous ne cédons pas à la panique, quand nous respirons. (...) Dieu est surtout dans la réconciliation et dans la consolation, et donc Dieu est aussi dans la maladie, dans la thérapie intensive et avec toutes ces personnes qui n'y arrivent pas ou qui ont des problèmes à y arriver. (...)

 

C'est étrange, ce Dieu omnipotent qui s'exprime dans la faiblesse. Mais nous ne pouvons rien dire de plus. Dans ce monde qui cherche des preuves, de gens qui veulent des preuves, nous devons nous aussi nous permettre de dire que notre preuve, c'est celle du souci de Dieu, que nous sommes ici et que nous y arriverons, et que la peur se combat avec lui. Ce ne serait pas sérieux de dire "Prie et tout se passera bien". Quand on dit "Prie comme Jésus", il s'agit de fermer la porte de notre chambre et de demander à Dieu de nous protéger mais certainement pas de nous donner l'autorisation d'aller à la parade des Schtroumpfs en France avec la certitude que Dieu nous sauvera. Dieu se trouve dans ma responsabilité de faire et donc aussi dans le respect des règles (...).

 

Dimanche dernier, dans mon sermon, j'ai dit que nous avions trop peur d'attraper la maladie et pas assez de la transmettre aux autres. Cet individualisme aide le virus et c'est pour ça qu'il s'est autant répandu. Si nous avions réfléchi à l'utilité ou l'inutilité de sortir avec le masque, si nous avions réfléchi au risque d'être un vecteur pour les autres, peut-être que nous aurions fait d'autres choix. Mais je suis quelqu'un qui vit dans une province où il n'y a que 3 cas. Si j'habitais à Codogno (2), je parlerais peut-être autrement. Si je me trouvais dans un contexte d'hystérie de masse, comment est-ce que je réagirais ? Ma dose de panique est sous contrôle pour le moment mais je ne me sens pas de juger qui a succombé à la panique. Je ne partage pas, par contre, l'attitude de ceux qui cherchent des raccourcis, je ne le fais pas et je prêche de ne pas le faire. Et je sais aussi que ce n'est pas une formule magique qui nous sauvera et peut-être même pas du gel ou des masques. Plutôt le confinement. Même là on peut trouver Dieu. Dieu n'est pas un raccourci, Dieu n'est pas une formule magique mais de la force et du courage désarmé. Ce n'est pas pour rien que l'apôtre Paul utilise beaucoup la métaphore de la cuirasse et de l'armure de Dieu, plutôt que celle de l'épée ou de la lance de Dieu. Notre relation à Dieu nous aide et nous permet d'affronter les situations pour les surpasser. (...)

 

C'est un long trajet, nous ne savons pas combien de temps ça durera. Sûrement jusqu'au 3 avril. On ne sait pas si on passera Pâques ensemble. Je suis originaire de Gênes, ma famille est à mille kilomètres d'ici. J'ai envie de reprendre le psaume 23 : là où on trouve l'ombre, où cette ombre ressemble à la mort et pas à la victoire triomphante du haut du char du condottiere ... Mais on sait que quand je me trouve sur ce long parcours obscur, "Tu es avec moi". »

 

Logo de l'agence Nev

 

(1) Voir l'article Coronavirus. Testimonianza dalla Puglia: “L’individualismo aiuta il virus” (Coronavirus. Témoignage depuis les Pouilles : "L'individualisme aide le virus"). L'agence Nev (Notizie Evangeliche) est le service d'information de la FCEI, la fédération protestante italienne. 

 

(2) La petite ville lombarde d'où est partie l'épidémie.

 

Chanter comme Nina Hagen sur les balcons tous les soirs à 19 heures, c'est ce à quoi a appelé mercredi 18 mars l'EKD, la fédération des Églises protestantes allemandes, par la voix de la théologienne Margot Kässmann. La chanson Der Mond ist aufgegangen (La Lune s'est levée), composée à la fin du 18e siècle et devenue une sorte de berceuse populaire, avait été interprétée par la chanteuse Nina Hagen au Kirchentag de 2013. La première strophe semble encore paisible (La Lune s'est levée - Les étoiles dorées brillent - Claires et brillantes dans le ciel - La forêt noire est silencieuse - Et des prairies monte - La belle brume blanche) mais la septième et dernière est plus liée à l'actualité (Alors couchez-vous - Mes frères et Dieu m'en soit témoin - La brise du soir est fraiche - Épargne-nous, mon Dieu, les chatiments - Et laisse-nous dormir tranquillement - Ainsi que notre voisin malade !).

 

Depuis son balcon, Kässmann dit dans la vidéo : «Ces journées et ces semaines sont vraiment difficiles et pour beaucoup de gens aussi très tristes : des cultes ont été annulés, des mariages, des confirmations, des fêtes dont les gens se réjouissaient ont dû être remis et beaucoup se sentent très seuls, se sentent abandonnés et n'ont plus de contacts extérieurs. Il y a une parole particulière dans la Bible qui vaut, je crois, pour cette période, dans la deuxième lettre à Timothée : « Dieu ne nous a pas donné l'esprit de peur mais de force, d'amour et de réflexion ». C'est de ça qu'il s'agit maintenant : de nous donner de la force, de nous faire reprendre des forces, de ne pas oublier l'amour du prochain et en particulier envers ceux qui sont seuls, qui se sentent seuls. On peut appeler par exemple ceux qui ne peuvent pas aller sur Internet. Nous avons des cultes à la télévision, à la radio, des prédications, c'est important. Et aussi, plutôt qu'avoir peur et paniquer, on peut réfléchir à ce que nous devons vraiment faire pour pratiquer la solidarité et éviter les risques. Pour que les gens ne soient pas si seuls et parce que nous savons que chanter ensemble donne des forces, l'Église Évangélique en Allemagne a eu une idée. Nous avons vu qu'en Italie, chanter peut donner du courage. Et c'est pour ça que nous proposons que ce soir à 19 heures et chaque soir à 19 heures, sur le balcon, à la fenêtre ou dans le jardin on chante "La Lune s'est levée". Cela peut nous donner du courage et nous faire sentir que nous sommes ensemble. Dans la dernière strophe, cela sonne si bien : « Épargne-nous, mon Dieu, les chatiments - Et laisse-nous dormir tranquillement - Ainsi que notre voisin malade ! » Que vos jours soient bénis. » (3)

 

Mercredi soir, le président de l'EKD Heinrich Bedford-Strohm a posté une vidéo où on le voit jouer la mélodie au violon sur son balcon (4) ... mais sans personne qui chante dans les immeubles en face. Jeudi soir, il a posté une photo de son violon avec le texte suivant : « Ce soir, chant et musique sur le balcon à 19 heures : cette fois, j'ai entendu des gens chanter sur leur balcon "La Lune s'est levée" dans l'immeuble voisin. Je suis descendu dans la rue avec le violon et les ai accompagné devant leur balcon ... »

 

Logo de l'EKD (Église Évangélique en Allemagne)

 

(3) À visionner sur le site de l'EKD ou sur YouTube. De même pour la chanson : sur le site de l'EKD ou sur YouTube.

 

(4) À visionner sur sa page Facebook.

 

Va-t-on pouvoir se confesser par téléphone ? se demande le site anglo-américain Catholic Herald (5) qui relaie les inquiétudes des fidèles puisque « le sacrement de pénitence requiert un certain nombre de conditions pratiques. Le pénitent doit confesser ses péchés à un prêtre représentant la personne du Christ, exprimer une vraie contrition et être résolu à ne plus pécher. Il requiert aussi l'administration de l'absolution, du pardon de la part du prêtre conformément à la formule sacramentelle de l'Église. Et une confession sacramentelle valide nécessite que tout cela survienne au même endroit » ...

 

À certains qui se demandent « pourquoi ils ne peuvent pas confesser leurs péchés virtuellement, par téléphone, SMS ou sur Skype », le père James Bradley (6) répond que certes, « le droit canon est clair : les fidèles ont droit aux sacrements et les ministres de l'Église doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour les leur administrer », mais le Conseil Pontifical pour les Communications sociales (7) a clairement établi que « la réalité virtuelle n'est pas un substitut à la Présence Réelle du Christ dans l'Eucharistie, à la réalité sacramentelle des autres sacrements (...). Il n'y a pas de sacrements sur Internet ». Un avis qui n'est pas partagé par un autre spécialiste de droit canon, l'italien Giorgio Giovanelli (8) qui pense lui que la confession pourrait se faire par téléphone si le pape François voulait bien l'autoriser vues les graves circonstances actuelles : « Certains objecteront que le prêtre doit être présent, OK. C'est le genre de choses que l'on disait dans les années 1980 mais le développement de la technologie nous a permis d'avoir d'autres types de présence. Est-ce que je suis moins présent par téléphone ? La présence virtuelle est réelle. ». Ce que conteste le père Bradley qui, en outre, signale que les télécommunications « sont particulièrement problématiques en matière de vie privée, d'anonymat et de sécurité ». Ce que conteste aussi le père Thomas Weinandy, membre de la Commission Théologique Internationale du Vatican (9) qui affirme que la « présence physique » est indispensable dans tous les sacrements, par exemple le mariage où cette dimension « s'exprime par l'union sexuelle entre le mari et la femme » et dans les autres sacrements « où cela s'exprime par les rites et les rituels eux-mêmes » : « On ne peut pas baptiser quelqu'un qui n'est pas véritablement présent, on ne peut pas participer au sacrifice de la messe - un prêtre ne peut pas célébrer l'Eucharistie - sans être physiquement présent ». Il ajoute : « Même dans l'Ancien Testament, Moïse a dû se trouver face au buisson ardent pour savoir qu'il était en présence de Dieu ».

 

Logo du Catholic Herald

 

(5) Voir l'article de J.D. Flynn et Ed Condon, Confession by phone, Skype, or emoji? Could it happen during coronavirus pandemic ? (Confession par téléphone, Skype ou emoji ? Une possibilité pendant l'épidémie de coronavirus ?). 

 

(6) James Bradley est prêtre et professeur assistant de droit canon à la Catholic University of America à Washington.

 

(7) Ce conseil a été créé en 1948 par Pie XII sous le nom de Commission pontificale pour la cinématographie didactique et religieuse avant de devenir la Commission pontificale pour le cinéma, la radio et la télévision en 1954 et de prendre son intitulé actuel à partir du concile Vatican II. Il est chargé de fixer la doctrine catholique en ce qui concerne l'audiovisuel et les nouveaux médias.

 

(8) Giorgio Giovanelli est prêtre et professeur de droit canon à l'Université de Latran à Rome. Il tient le compte Twitter @CanonicoPenale et on peut lire ses déclarations plus au long dans l'article de Cindy Wooden Canon lawyer asks: When can Catholics confess by phone? (La question d'un spécialiste de droit canon : Quand les catholiques peuvent-ils se confesser par téléphone ?, The Tablet, 19 mars 2020). 

 

(9) Le père capucin Thomas Weinandy est historien et théologien, il a dirigé le secrétariat pour la Doctrine et les Pratiques pastorales de la Conférence américaine des évêques (USCCB) de 2005 à 2013. La Commission Théologique Internationale a été créée par Paul VI pour aider la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans ses travaux. Elle est présidée par le préfet de la Congrégation et son secrétaire général actuel est le dominicain français Serge-Thomas Bonino. Weinandy y a été nommé par le pape François (qu'il a accusé récemment d'alimenter une « confusion chronique » en matière de doctrine) en 2014.