La revue de culture protestante

Écologie et société

À l'heure où les grands équilibres planétaires sont mis à mal, Foi&Vie poursuit sa tâche  de décryptage des mutations, voire régressions en cours. A la croisée des expériences de terrain et des réflexions de fond, il s'agit de mettre à jour les évènements significatifs tout comme les pensées réellement novatrices. Dans une époque où tout est repeint en vert, dans un contexte où l'innovation n'est là que pour verrouiller des structures éminemment conservatrices, il s'agit aussi, de redonner simplement la parole à d'authentiques témoins. Cette rubrique prolongera le questionnement instauré ici même dès les années 1970. Il s'agit du choc entre nature et société technicienne. Ce dilemme est aussi celui d' une culture de la création (non du créationnisme !) confrontée à l'hubris prométhéenne.Tant il est vrai que le kaléidoscope de l'innovation prétend et réussit à bouleverser tous les aspects de la vie et du sens de la vie.

 

Un film sur les « grands projets inutiles »

Février 2018

À l'heure du rapport Duron sur les projets de transports, le travail de Julien Milanési, maître de conférence en économie à Toulouse, garde toute sa pertinence. Pour Julien Milanési, deux visions du monde et par conséquent de l'intérêt général  s'affrontent : « La première pense que le développement économique passe par la  construction d'infrastructures, par une recherche permanente de la vitesse et par l'insertion des villes dans la mondialisation. Selon moi, la croissance économique  telle qu'on a pu la vivre jusqu'à présent est terminée. Penser à la transition écologique nous force à considérer le changement climatique comme une priorité majeure en termes de politiques publiques. Quand on est soucieux de l'impact environnemental, on ne peut accorder l'argent public à de tels projets.Ce sont deux voies profondément opposées  ».

 

« L'intérêt général et moi », DVD de Sophie Metrich et Julien Milanesi (26 € franco à l'ordre de : « Projections », 12 impasse des Leys d'amors, 31100 Toulouse).

 

 

 

Loup, ortolan, zadiste : danger ! Le droit de vie et de mort sur la création évolue !

Janvier 2018
Dans la ZAD de Sivens (CC-Sébastien Thébault)

Pourquoi associer ici la carpe et le lapin ? Tout simplement parce que l'actualité foisonne de trouvailles juridiques ! Notre société ne renonce à rien. Tout doit être géré, contrôlé, orthonormé, y compris le droit de vie et de mort. Quelle que soit la créature ! La loi ou les arrêts de jurisprudence semblent trancher les débats. Ne disent-ils pas aussi l'embarras d'une société ?

Pinsons et ortolans

Petite victoire quand même ! Nicolas Hulot a enfin imposé la tolérance zéro après des décennies de complaisance de ses prédécesseurs. La chasse au filet, appelé matole, est terminée dans les Landes. Idem pour le bruant ortolan. On ne verra plus les chasseurs landais réclamer des dérogations concernant 30 000 ortolans et 240 000 pinsons. On n'entendra plus la voix du sénateur Jean-Louis Carrère défendre les braconniers à l'audience. Les condamnations sont tombées en Cour d'Appel de Pau le 19 octobre. La Ligue de Protection des Oiseaux, LPO, a eu le dernier mot : il était temps pour ces espèces en voie de disparition.

 

Tir de défense contre le loup

De récentes déclarations de Nicolas Hulot renforcent son arrêté du 19 Juin 2017. La loi permet le tir sur quarante canidés par an, soit 12% de la population française de loups. Même José Bové en appelle à l'abattage sélectif. Une trentaine de départements sont déjà très concernés.

 

Ébouillanter les homards vivants est interdit en Suisse

Telle est la loi du 11 janvier 2018. Il convient d'étourdir l'animal au préalable.

 

Pêche électrique en mer

Le Parlement européen s'est prononcé pour une application sans faille de la loi. Ce type de pêche est interdit depuis 1998 mais une dérogation autorisait cette pratique au nom de ... l'innovation. Belle victoire de l'association Bloom !

 

Le zadiste, espèce menacée

À l'heure où le gouvernement entend faire évacuer Notre-Dame des Landes par la force, on est en droit de s'inquiéter. On se souvient de la mort  par tir tendu de grenade du jeune naturaliste Rémi Fraisse à Sivens le 26 octobre 2014. Le 8 janvier dernier, après six mois de réflexion et en s'abritant derrière un arrêt de 62 pages, les juges d'instruction toulousains signaient un arrêt de non-lieu. Les forces de l'ordre n'avait pas failli à leur mission ni à la consigne de fermeté du ministre Bernard Cazeneuve, bien exécutée par la chaîne de commandement. Les gendarmes n'auraient  pas fait un usage disproportionné de la force. Depuis lors,  les grenades offensives ont été remplacées par un autre modèle. Le pouvoir judiciaire s'est refusé à juger le pouvoir politique. La famille fait appel devant la Cour européenne des droits de l'homme.

 

Barrage de Sivens

Son inutilité publique a été établie par le tribunal administratif en 2016 et la Commission européenne a condamné la France pour non-respect de la Directive EAU. Après ce drame, le Préfet de région a réuni toutes les acteurs économiques et les  associations de protection de la nature pour que les grands projets ne soient plus bouclés d'avance et imposés tout ficelés, sans alternative et sans concertation. Il n'est pas besoin de remonter à la philosophie antique pour dire qu'il y a deux sortes de violence : la violence physique mais aussi le mensonge Et ici, les dossiers  biaisés, élaborés  par des bureaux d'étude, juges et parties, avaient indigné les populations et semé la haine, la discorde et l'incompréhension. Le vieux système des enquêtes d'utilité publique avant expropriation apparaît plus que jamais pour ce qu'il est : un habillage juridique désuet et dérisoire.

 

Michel Rodes