Terres saintes, certes, mais… pour qui ?
Les frontières entre sainteté et sacralité sont poreuses. Dans l’un et l’autre cas, on considère qu’un espace ou qu’un objet est imprégné d’une réalité qui dépasse les simples catégories rationnelles, scientifiquement perceptibles. Il serait imprégné de divin, de surnaturel, de puissance, de mana diraient les Polynésiens, ce qui le rendrait à leurs yeux quelque peu tapu ou tabou.
Cette sacralité/sainteté serait-elle la source de toutes les violences dans notre monde globalisé ? Une certaine idéologie laïque, spécificité française, est tentée de l’affirmer. Sans entrer dans ce débat, il faut reconnaître que l’invocation religieuse pour revendiquer des terres ou une exclusivité territoriale amplifie la violence présente et n’encourage guère au compromis et au respect devant des voies de salut différentes. C’est ce sujet que les Cahiers d’études missiologiques et interculturelles tentent d’explorer dans ce numéro en s’ouvrant à différents espaces géographiques et religieux.
Ces analyses nous mènent bien au-delà de catégories dont le protestantisme est coutumier. L’état d’Israël a ainsi bénéficié d’un grand capital de soutien de la part du monde évangélique, et cela – du moins au départ – du fait d’une théologie politique que l’on appelle le sionisme chrétien. C’est sur ce mouvement, toujours très actif aux États-Unis, que s’appuie l’actuel gouvernement israélien d’extrême droite pour obtenir un soutien inconditionnel de la part de son allié, bien plus que sur le judaïsme américain, opposé à la politique de Donald Trump à 80%, il faut le rappeler ! Mais ce soutien très appuyé d’une partie du monde évangélique empêche tout compromis qui permettrait de trouver une issue pacifique au conflit israélo-palestinien. D’autre part, il comporte parallèlement deux autres effets collatéraux particulièrement désastreux: il nuit gravement aux chrétiens orientaux et empoisonne le dialogue avec l’islam et le judaïsme. C’est sur ce phénomène du sionisme chrétien et sa critique par les chrétiens orientaux que Thomas Wild invite à la réflexion. Des voix chrétiennes palestiniennes soulignent avec raison que la paix – autant d’un point de vue théologique que pragmatique – n’a d’assise solide que lorsqu’elle est fondée sur la justice. Le Cahier d’études missiologiques et interculturelles n°2 avait d’ailleurs donné la parole à ces théologiens. Le texte collectif – Nous choisissons la vie – tente de montrer des voies par lesquelles les chrétiens, dans le contexte de minorité qui est le leur dans le monde arabo-musulman, peuvent rendre témoignage de l’Évangile auprès de leurs compatriotes. Et un tout nouveau texte dénonce ce que l’évêque luthérien de Jérusalem n’hésite pas à appeler un génocide.
René Léonian, professeur d’arménologie, se demande pour sa part en quoi la terre ancestrale d’Arménie est une terre sacrée pour les 10 millions d’Arméniens vivant de par le monde. Son explication tient au fait que cette terre, l’une des toutes premières à avoir adopté la religion chrétienne, a connu une très longue et originale histoire de résistance face aux empires qui l’ont mise sous tension, résistance dont l’un des facteurs déterminants aura été sa foi. Malgré la perte du Haut-Karabagh (Artsakh) en septembre 2023, le peuple arménien, devenu une global tribe, reste attaché à son pays du Caucase, et au Mont Ararat – peu importe si celui-ci est aujourd’hui en Turquie –, même lorsqu’il se trouve dans d’autres lieux du monde, ce qui est le cas de 70% des Arméniens.
Il a paru également pertinent d’inclure dans ce numéro une contribution provenant du continent africain. Jimi Zacka pose la question à partir d’un angle tout à fait différent. Il confronte la vision africaine traditionnelle d’une sacralité intrinsèque de la terre à la vision d’une marchandisation de celle-ci, souventportée par l’Occident, et qui aujourd’hui, du fait de la crise écologique et climatique, rencontre ses limites. Le texte de Genèse 2,15, qui établit la domination de l’homme sur la terre que Dieu lui confie, pourrait selon l’auteur permettre une fécondation mutuelle de ces concepts a priori contradictoires.
(Liminaire de Gilles Vidal et Thomas Wild)
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Livre : « Religion et État en Israël » d'Ilan Greilsammer Ilan Greilsammer est professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan de Tel-Aviv. C’est comme politologue et spécialiste des relations entre religion et &...
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